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Rencontre réelle de villes virtuelles

CITA-FUNDP Namur - 16 juin 1998

Compte-rendu

 

1. Présentation de la journée

Le 16 juin 1998, la CITA organisait une « Rencontre réelle de villes virtuelles » ayant attiré près de 100 personnes, principalement des fonctionnaires communaux ou des représentants de villes, virtuelles ou non. Comme l’a expliqué Claire Lobet-Maris, co-directrice de la CITA, l’idée de cette rencontre était née deux ans plus tôt à la suite d’un séminaire de 3ème cycle sur les villes virtuelles où les étudiants avaient invité quatre villes virtuelles à venir parler de leur expérience. Cette première rencontre, bien qu’en nombre restreint, avait montré l’intérêt de ce partage d’idées et d’expériences. La rencontre du 16 juin a donc élargi cette idée en proposant, durant la matinée, trois exposés scientifiques sur le thème des villes virtuelles, l’un consacré à une enquête quantitative sur un échantillon d’environ 40 villes et communes virtuelles de Belgique francophone et les deux autres, à des projets plus européens. Après une promenade virtuelle dans quelques villes présentes sur Internet, l’après-midi donnait successivement la parole à trois panels différents. Le premier réunissait des représentants de villes virtuelles initiées par des autorités communales. Le deuxième mettait en avant des initiatives de citoyens ou d’asbl et le troisième, des initiatives plus commerciales. Enfin, un exposé du Ministre Lebrun, ministre wallon de l’Equipement et des Transports, clôturait la journée.

Les discussions de cette journée furent orientées autour de trois questions-clé: les villes virtuelles, pourquoi, pour qui et comment? Les exposés du matin et les panels de l’après-midi ne permirent pas nécessairement de répondre à ces trois questions, notamment pour des questions de timing,consacré aux initiatives citoyennes fut en effet un peu réduit par rapport aux deux autres et tous les participants n'ont peut-être pas eu le temps de contribuer comme ils l'auraient souhaité à la discussion relative à ces questions. Néanmoins, cette discussion a apporté quelques éléments de réponse et a également suscité de nouvelles interrogations.

2. Interventions de la matinée

2.1. Enquête dans 37 villes numérisées de Belgique francophone

Dans le premier exposé, Marie d’Udekem-Gevers, chargée de recherches à la CITA, a détaillé les résultats d’une enquête réalisée durant l’été 1997 sur 37 villes et communes de Belgique francophone . Elle s’est plus précisément attachée à comparer un certain nombre de caractéristiques descriptives de ces projets:
  • qui est l’éditeur responsable: autorités locales, entreprises commerciales telles que fournisseurs Internet, particuliers, asbl, ...
  • quel est l’organisme subsidiant: ville, intercommunale, entreprises commerciales telles que fournisseurs Internet, commerces locaux, ...
  • quel contenu est proposé: promotion de la commune, annuaires, informations administratives, ...
Cette première étude belge souligne l’importance des autorités communales dans l’élaboration de ces projets de villes virtuelles mais aussi le rôle des associations et des particuliers, une tendance que l’on avait peut-être sous-estimée au départ. Néanmoins, même si le phénomène des villes virtuelles semble en croissance constante en Belgique, ces sites restent peu fréquentés, les forums de discussion, quand ils existent, semblent peu utilisés, ou toujours par les mêmes personnes. Les services proposés sont faiblement interactifs et de manière plus générale, c’est la question de la demande, de l’utilisateur qui semble posée. Visiblement, les initiateurs de ces projets ont peu de connaissance des utilisateurs potentiels, de leurs attentes et besoins.

Quelques personnes soulignent que la définition de ville virtuelle proposée par Marie d’Udekem-Gevers, à savoir « un ensemble de pages Web réalisées dans le cadre d’une ville ou, plus généralement, d’une commune donnée » est un peu restrictive car elle ne prend pas en compte les applications télématiques urbaines qui utilisent d’autres canaux qu’Internet telles que le projet de la ville de Nice qui utilise des solutions mixtes, PC et câble de télévision. D’autres personnes réagissent à certaines informations données dans l’exposé telles que le problème de l’accès ou du type d’informations proposés sur ces sites. Pour certains, les sites meurent souvent faute d’informations ou parce qu’ils sont le fait de bénévoles qui, à un moment, s’essoufflent. Pour d’autres, pour que ces sites vivent, il est nécessaire d’insister sur l’aspect sensibilisation et il importe que la commune, comme c’est le cas dans la ville de Marche avec les centres de sensibilisation et de formation, le prenne en charge. En outre, souvent, ces sites meurent faute d’être connus. Il existe quelques initiatives qui recensent les sites existants en Région Wallonne  et en Belgique  mais celles-ci ne sont pas non plus toujours suffisamment connues. Enfin, l’importance de la notion d’accès est soulignée, problème souvent lié au financement disponible mais problème pourtant crucial. Il semble en effet nécessaire de prendre en compte le taux d’équipement des ménages ou plus largement, le niveau de pauvreté des habitants des villes dans lesquelles on développe ce type de projets et d’opter peut-être pour des solutions du type « infokiosque » plus abordables.

2.2. Une approche orientée vers les utilisateurs et la demande sociale

Le deuxième exposé par Alain d’Iribarne, directeur de recherches CNRS au laboratoire d’économie et de sociologie du travail d’Aix-en-Provence, souligne également cette question-clé des attentes et besoins des utilisateurs et l’importance d’une approche social-pull, basée sur la demande sociale et non pas sur l’offre technologique. En présentant plusieurs projets européens, dont METASA et MIND, auxquels il a participé et qui concernent quatre villes européennes de taille moyenne , Alain d’Iribarne a montré que cette approche sociale est possible et réaliste mais que le contexte local, notamment politique, est un élément capital du développement de ces projets. En effet, si dans les quatre villes concernées, la même méthodologie a été utilisée pour évaluer les attentes des citoyens locaux, les réalisations concrètes sont différentes car elles reflètent les options politiques dominantes dans ces quatre villes et l’importance de l’ancrage social de ces projets.

Alain d’Iribarne précise que, dans le domaine des nouvelles technologies, il est souvent difficile d’évaluer les besoins des utilisateurs potentiels car ceux-ci ne peuvent être exprimés que si ces utilisateurs ont une connaissance approfondie de la technologie et surtout de ses usages possibles, ce qui n’est souvent pas le cas et parce que l’idée-même d’innovation suggère un avenir incertain. C’est pourquoi les chercheurs et les promoteurs sont obligés de se pencher sur les attentes et non les besoins, attentes que ces utilisateurs sont tout à fait capables d’exprimer très clairement. L’étude de ces attentes a été réalisée par enquête postale avec un taux de réponse de 20%. Cette enquête révèle que
les utilisateurs sont prêts à participer si la technologie est faite pour eux et pas contre eux;

  • ils veulent d’abord voir ce qui est possible, tester ce qui leur est proposé et éventuellement payer ensuite si les services proposés leur semblent utiles;
  • ils souhaitent des services utiles et réels, avec une importante valeur ajoutée. Ils ne veulent pas ce qu’ils appellent « de faux services », sorte de substitut électronique de ce qui existe déjà par ailleurs;
  • ils veulent un contrôle social du développement des applications et se disent prêts à accepter ce nouveau monde virtuel si celui-ci ne détruit pas les avantages de leur mode de vie actuel.
De manière plus précise, les utilisateurs expriment une forte demande pour des informations locales et de proximité, pour des services d’éducation, de formation et de développement professionnel, pour des services qui favorisent un rapprochement entre les citoyens et les administrations locales et, enfin, pour des moyens de communication interactifs. Ils favorisent cinq domaines d’application: administration et citoyen, santé, emploi et amélioration de la qualité de la vie, éducation et formation et enfin, culture et loisirs. Ceci traduit des tendances générales. L’étude met cependant en avant un classement différent des priorités selon les villes considérées.

L’exposé de Monsieur d’Iribarne posait également la question de l’implication de partenaires industriels dans ce type de projets. Dans le cadre de METASA et de MIND, plusieurs firmes industrielles ont été impliquées, Siemens, Philips, Microsoft, mais cette implication ne s’est pas faite sans mal, notamment à cause du problème du « retour sur investissement » difficile à évaluer et incertain et de la difficulté pour ces industriels de prendre en compte les utilisateurs dans la conception de leur produit technologique. Par contre, l’implication de petites entreprises locales semble primordiale et même stratégique pour un développement « cousu main » de ces applications, un développement adapté aux besoins locaux. Bien sûr, un tel développement peut poser des problèmes de normalisation ou de généralisation mais ce n’est pas nécessairement l’objectif premier de ces projets.

Enfin, l’exposé s’est terminé par une présentation plus détaillée du projet bien connu maintenant dans le domaine des villes virtuelles, celui de la ville française de Parthenay. Le développement du site de « Parthenay - la Créative » s’intègre dans un projet plus large de démocratie participative que le maire de Parthenay développe depuis 25 ans dans sa ville. L’accent est clairement mis sur l’aspect « créativité » de la ville, sur cette image qu’elle souhaite véhiculer. Plusieurs décisions ont été prises en ce sens:

  • accès gratuit dans différents points de la ville;
  • opération « 1000 micros » pour abaisser le coût d’accès depuis le domicile des habitants durant laquelle la ville de Parthenay a acheté 1000 ordinateurs et les a revendus en leasing aux habitants;
  • les services municipaux doivent être une vitrine de cette créativité et de cette modernité, tous les agents doivent être connectés et utiliser l’Intranet de la municipalité;
  • quelques applications spécifiques doivent être développées sur l’Intranet à titre de démonstration;
  • un hypermarché virtuel a été développé et permet de faire ses courses depuis le domicile;
  • Parthenay a participé à l’opération Netday de la Commission Européenne et souhaite toucher toutes les tranches d’âge et tous les types d’utilisateurs;
  • toutes les écoles publiques et privés ainsi que tous les collèges privés sont connectés au réseau;
  • un observatoire des usages est en préparation.
A la question du coût d’un tel projet, Alain d’Iribarne, citant Michel Hervé, maire de Parthenay, répond que tout est une question de priorité et qu’au regard du coût de 100 mètres de bitume, le montant total de l’investissement n’est pas si élevé. Quant à la question de l’emploi, le maire a reconnu qu’il avait licencié des gens inadaptés et engagé de nouvelles personnes, plus compétentes dans le domaine des technologies de l’information.

Parthenay est donc initialement le projet d’un homme, le maire, qui s’est rendu compte que la ville qui avait été autrefois un grand centre pour les marchés à bestiaux serait morte si elle ne participait plus au système des échanges du 21ème siècle; le réseau Internet était dès lors une des manières d’y participer.

2.3. Regards sur sept projets européens

Lors du dernier exposé de la matinée, Béatrice van Bastelaer, coordinatrice de recherches à la CITA, s’est penchée sur sept projets de villes virtuelles , ou du moins, de réalisations urbaines télématiques analysés dans le cadre d’une recherche européenne (TSER-SLIM) qui s’intéresse à l’appropriation sociale des technologies multimédia, notamment au niveau local.

La comparaison de ces projets se situe au niveau de la nature des initiateurs (citoyens, administrations, acteurs technologiques ou économiques), de leurs motivations (culturelles et sociales, économiques, administratives, politiques ou démocratiques). L’analyse souligne aussi que ces projets sont souvent portés par une certaine utopie. En effet, du moins au niveau des discours qui entourent ces développements technologiques, on retrouve l’argument de déterminisme technologique selon lequel les technologies dont les villes virtuelles vont régler tous les problèmes rencontrés par et dans les villes tels l’écart important et parfois même le fossé entre l’administration et les citoyens, l’« inefficacité » de ces administrations, la solitude ou la perte de lien social. Alain d’Iribarne a souligné qu’une technologie n’a jamais changé une construction sociale et, selon Francis Pavé cité par Claire Lobet-Maris, elle ne peut résoudre des problèmes que les hommes, en s’organisant, ne parviennent pas à résoudre.

L’analyse de ces projets a aussi montré la variété des approches de développement de ces projets virtuels, opposant une approche « système », très fermée dans laquelle on tente de capturer la réalité sociale par une technologie maîtrisée et contrôlée au maximum (approche top-down) et une approche « sociale », plus ouverte (approche bottom-up) dans laquelle on laisse venir les différentes initiatives, où « la base » peut s’exprimer et où on essaie d’intégrer dans la ville les initiatives existantes ou émergentes. Ces conceptions, selon Claire Lobet-Maris, se rapprochent de concepts utilisés en architecture et en sociologie urbaine, à savoir l’épure, approche fermée, et le bouillonnement, approche ouverte.

Enfin, Béatrice van Bastelaer a développé une des questions fondamentales: celle de l’utilisateur et de la représentation de celui-ci. Cette question se réfère à l’image que les concepteurs d’une technologie, d’un projet de ville virtuelle se font des utilisateurs potentiels de cette technologie. Cet utilisateur est-il un citoyen, un consommateur, un travailleur? S’agit-il d’un individu, d’une entreprise, d’une administration? Est-il habitué et formé à la technologie? Est-il équipé en matériel informatique ou doit-il pouvoir accéder à la ville virtuelle par un autre moyen? Est-il jeune ou âgé? Est-il de sexe masculin ou féminin? etc.

Un certain nombre de caractéristiques des sept projets permet de deviner les hypothèses des concepteurs de ces villes par rapport aux utilisateurs:

  • un interface simple et très structuré avec des titres clairs donne à penser que l’utilisateur n’est pas vraiment habitué à la technologie et que le concepteur estime dès lors qu’il a besoin d’être guidé dans sa visite. Au contraire, un interface vague, peu structuré dans lequel l’utilisateur doit longuement chercher avant de trouver l’information dont il a besoin peut supposer que le concepteur estime que l’utilisateur est habitué aux sites Web et est capable de trouver son chemin, qu’il est capable, par exemple, d’utiliser des outils de recherche pour trouver l’information recherchée. L’interface est donc une des caractéristiques du site qui peut exprimer certaines hypothèses faites sur l’utilisateur.
  • le language utilisé est lui aussi révélateur des hypothèses posées quant à l’utilisateur. Là aussi, le recours à un langage clair, « vulgarisé », proche du langage courant laisse à penser que l’utilisateur n’est pas un habitué des technologies Internet et a besoin d’indications claires pour trouver son chemin.
  • le type de services proposés exprime également les hypothèses faites sur l’utilisateur. Le fait d’offrir une adresse électronique gratuire ou de l’espace disque pour construire une page personnelle sous-entend que l’utilisateur cible n’est pas encore connecté à Internet. Le type d’informations disponibles, locales ou plus globales touristiques, culturelles, économiques, ..., dépend également des caractéristiques du public cible.
Il convient de préciser que ces hypothèses ne sont peut-être pas volontairement énoncées par les concepteurs du site, qu’elles ne sont peut-être pas le résultat d’une profonde réflexion sur le public-cible du projet mais qu’elles induisent un certain type de comportement et que parfois, elles peuvent exclure l’un ou l’autre type d’utilisateurs.

Cette analyse des hypothèses sur la représentation de l’utilisateur révèle plusieurs éléments:

  • elle souligne le dilemme important qui se pose au concepteur, au designer: soit il conçoit une application pouvant être utilisée par tous les utilisateurs possibles mais celle-ci risque alors de ne convenir à aucun d’eux, soit il conçoit une application pour un type particulier d’utilisateur auquel cas il risque d’exclure tous les autres;
  • on constate l’absence d’un scénario complet et cohérent sur ces utilisateurs. En effet, au sein d’un même projet, les hypothèses relatives aux utilisateurs peuvent parfois se contredire ou contredire des données objectives sur ces utilisateurs, tel le taux d’équipement des ménages.
Cette question de l’existence d’un scénario complet et cohérent se pose aussi pour l’ensemble du projet. Si l’objectif du projet est de développer une véritable administration en ligne, il est alors primordial de repenser l’organisation des services administratifs et pas seulement de mettre en ligne un certain nombre d’informations. Si le principal objectif du projet est de rapprocher, par le biais d’une application télématique, le citoyen de l’administration, il faut veiller à ce que l’un et l’autre soient à même d’utiliser cette application, c’est-à-dire qu’ils reçoivent une formation adéquate et qu’ils puissent accéder, de leur domicile, de leur bureau ou d’un lieu public, à cette application. Ce type de scénario fait encore souvent défaut dans les projets observés.

2.4. Discussion: opposition entre l’approche top-down et l’approche bottom-up ou la difficulté d’une approche orientée vers les utilisateurs

Dans la discussion qui a suivi ces trois exposés, l’ opposition entre approches top-down et bottom-up a suscité un certain nombre de discussions, notamment suite à la question d’un journaliste qui se demandait si l’approche top-down n’était pas plus efficace car elle permettait de gagner du temps en simplifiant la démarche, en essayant de contrôler au maximum les incertitudes. Alain d’Iribarne y répondait en soulignant l’absence de véritables analyses comparatives de ces deux types d’approche permettant de réellement évaluer laquelle, et sur base de quels critères, est la meilleure. On ne s’est pas encore vraiment donné les moyens d’aller jusqu’au bout de la démarche bottom-up ou social-pull et il faut encore beaucoup insister auprès de la Commission Européenne pour que ce type d’approche soit intégrée dans les programmes-cadre de recherche et développement.

3. Suite de la journée: Promenade et panels

Le temps de midi fut l’occasion, pour certains, d’une promenade l’une ou l’autre ville virtuelle . L’après-midi fut consacré à trois panels présentant différents types d’initiatives de ville virtuelle.

3.1.Premier panel: Initiatives d’autorités communales ou locales

Le premier panel était dédié à des projets initiés par des autorités communales ou locales. Les villes de Namur, Charleroi, Seneffe, Dinant et Bruxelles y étaient représentées.

Le projet de Charleroi fait suite à l’implantation du CEDITI, Centre de Diffusion des Technologies de l’Information, en 1996 dans la région de Charleroi et au développement, à l’époque, d’un site régional. Depuis lors, la cellule de développement stratégique de la ville de Charleroi a estimé que la création d’un site Internet correspondait à une problématique stratégique. Elle s’est associée avec des partenaires sociaux et a lancé un site qui se base sur quatre piliers: Découvrir Charleroi, Vivre à Charleroi (peu interactif), un agenda et un forum qui semble susciter un grand intérêt. Le site est essentiellement axé sur la promotion de la ville.

Le cas de Charleroi a suscité une réflexion sur l’engagement de l’administration communale dans ce type de projets, sur la réorganisation de l’administration induite par une telle initiative.

Le site Web de Charleroi suit en effet le concept, relativement novateur dans notre pays, de guichet unique au sein de l’administration. Il est possible d’obtenir tous les documents et renseignements administratifs (population, étranger, état civil, ...) à un seul endroit, à un seul point d’accueil. Il n’y a ici qu’une seule adresse électronique pour les demandes d’information qui sont traitées par le service information-presse de l’administration communale de Charleroi. Celui-ci est chargé de trouver les réponses aux questions dans les différents services administratifs et s’engage à répondre aux demandes dans les 48 heures.

Dans certaines villes virtuelles, chaque service administratif a sa propre adresse électronique et les citoyens peuvent directement s’adresser au service concerné par leur demande. Charleroi n’a pas choisi cette solution pour différentes raisons:

  • on constate que les utilisateurs ne savent justement pas toujours précisément quel service est capable de répondre à leur question et risquent donc de poser leur question à un service non adéquat qui ne fera pas nécessairement suivre leur demande au service concerné;
  • les mentalités étant souvent difficiles à changer dans les administrations, de l’aveu-même d’un certain nombre de participants, les fonctionnaires ne sont pas habitués à traiter ce type de demande électronique et à y répondre, souvent aussi par manque de formation à la technologie. La Ville de Charleroi est consciente du risque de proposer une adresse électronique, de donner la possibilité aux citoyens d’effectuer des demandes via le site et de ne pas obtenir de réponse et souhaite le minimiser.
La Ville a donc opté pour une solution centrale dans laquelle le service information-presse joue le rôle d’interface, de médiateur entre les citoyens et les services administratifs et répond lui-même aux questions posées. Au début, cela a demandé beaucoup de temps car les membres de ce service ne connaissaient souvent pas les réponses aux questions posées mais on se rend progressivement compte que les questions sont souvent les mêmes et les réponses sont déjà presque toutes faites . Le fait de s’adresser à un guichet unique, d’envoyer un message électronique à une seule adresse semble donc simplifier la démarche des citoyens.

A Seneffe aussi, le site Web s’inscrit dans une démarche plus globale de citoyenneté responsable et de lutte contre l’exclusion sociale et l’échec, démarche voulue par le bourgmestre et soutenue par le conseil communal. Les écoles aussi participent à cette initiative, de la maternelle à la sixième année et, depuis 1996, elles sont branchées sur Internet. Un club informatique a également été créé. L’objectif de ces initiatives est de rendre service aux citoyens, de se mettre à leur écoute, de leur permettre d’entrer plus facilement en contact avec l’administration. Cela nécessite une formation adéquate du personnel, une importante capacité d’adaptation de leur part et une analyse du flux d’informations dans un objectif éventuel de redistribution des tâches. Même si le site Web de la ville s’appelle « Seneffe l’Interactive », un peu dans la lignée de « Parthenay la Créative » dont ils souhaitent s’inspirer, les concepteurs sont conscients du fait que l’interactivité n’est pas encore vraiment là mais que c’est un objectif vers lequel ils tendent.

A Bruxelles, et plus précisément au sein de la Région Bruxelles-Capitale, le CIRB - Centre Informatique de la Région Bruxelloise - est chargé de différents projets liés à l’informatisation de l’administration communale et dispose, pour ce faire, d’un accord particulier avec Belnet, le réseau académique et de recherche des services fédéraux pour les affaires scientifiques, techniques et culturelles. Un de leurs projets, Irisnet, permet des échanges électroniques entre administrations. Un autre projet, MIRTO, financé par le programme Telematic Applications de la Commission Européenne, concerne l’offre de services informatisés aux citoyens, l’idée de base étant que les administrations, avec leurs importantes banques de données disposent d’un volume d’information gigantesque mais qu’elles n’ont pas toujours les compétences nécessaires pour les mettre en accès sur le réseau. Il est donc nécessaire de les aider en jouant le rôle de courtier en informations. Au niveau de l’identification des utilisateurs et de leurs besoins ou attentes, le CIRB n’a pas de contact direct avec les utilisateurs potentiels mais les fonctionnaires du guichet peuvent remplir en ligne un formulaire sur ces besoins et demandes et les réponses sont analysées grâce à un modèle statistique. Au niveau de l’accès, question souvent posée par les participants, cinq bornes publiques sont disponibles dans le métro dans la commune de Woluwé Saint-Pierre. Il est possible, grâce à un numéro d’accès, de poser des questions à l’administration via ces bornes et de revenir chercher la réponse trois jours après.

A Namur, le projet Périclès est resté pendant longtemps un peu flou du fait de la multitude d’acteurs et d’objectifs liés à ce projet: celui-ci comprenait le serveur citoyens, le projet Syrecos et le projet Permis de Bâtir (PBFlow) qui était géré chacun par des organismes différents. Le serveur citoyens, appelé maintenant simplement namur.be, était notamment maintenu par NEW, l’agence de développement local. Celle-ci s’est pendant quelques temps retirée du projet laissant la maîtrise d'oeuvre à la ville de Namur mais a repris son rôle initial depuis l'étét 1998. L’aspect administratif est central dans namur.be. Même si une cellule, Information et Communication, est responsable du fonctionnement de l’Intranet de l’administration et de l’information de tous les services administratifs, on se rend compte qu’il est excessivement difficile de changer les mentalités au sein de l’administration et d’éviter que la ville virtuelle ne soit une ville morte, comme Claire Lobet-Maris le signalait dans son introduction. Namur a longtemps été fière de ses deux services interactifs, à savoir le site de la bibliothèque communale qui offre la possibilité de réserver des livres en ligne et le formulaire d’autorisation de bal. Cependant, la ville s’est rendu compte que ce n’était pas suffisant et surtout qu’il ne suffisait pas de mettre en ligne un formulaire mais qu’il fallait rendre plus efficace l’entièreté de la procédure administrative et permettre à la demande électronique d’aboutir, ce qui s’avère beaucoup plus difficile. Au niveau de l’accès, il n’y a pour l’instant que deux bornes, une à la bibliothèque et l’autre à l’Hôtel de ville mais la ville souhaite mettre des PC en accès dans des quartiers plus défavorisés.

Enfin, le projet Internet de Dinant a été à l’origine développé par un particulier et par quelques associations intéressées mais qui n’avaient pas les moyens d’investir dans ce sens. Avec le soutien de la Jeune Chambre Economique et du Syndicat d’initiative, le site a finalement vu le jour et a été officiellement repris par la ville de Dinant. Sa vocation est essentiellement touristique vu le potentiel de la ville en la matière et le site attire d’ailleurs des visiteurs du monde entier, notamment dans le cadre de l’année Sax.

Lors de la discussion, un participant de l’assemblée cite le cas de la ville de Nice qui a élaboré un certain nombre de règles en matière de développement de ville virtuelle, et particulièrement:

  • l’importance de l’ancrage local et de l’écoute des souhaits des utilisateurs;
  • la nécessité d’une progressivité dans le développement du site, d’une ouverture croissante de celui-ci;
  • l’intégration de ce type de projet dans une stratégie municipale.
Deux autres questions sont soulevées par l’assemblée. La première a trait à la « meilleure » manière d’utiliser les leçons tirées des expériences. Le cas de Charleroi souligne notamment les réponses-type aux questions les plus fréquemment posées, et met donc en lumière le fait qu’un projet électronique de ce type peut de manière indirecte bénéficier également aux administrés qui ne sont pas connectés. La seconde question est liée à l’évaluation de ces projets. Il semble que cette problématique, qui dépend souvent des objectifs initiaux du projet, soit peu prise en compte par les initiateurs et développeurs de ces villes virtuelles. Le seul endroit où il semble y avoir une forme d’évaluation est à nouveau la ville de Charleroi mais il ne s’agit que d’une évaluation hebdomadaire des statistiques de fréquentation de différents services électroniques proposés. Cet examen  également par l'asbl Plug-In-Liège (voir deuxième panel) permet de repenser la stratégie de développement du site. La question posée portait, en fait, sur l’évaluation sociale (Technology Assessment) de ces expériences. Force est de constater une situation de carence.

3.2. Deuxième panel: Initiatives citoyennes

Le deuxième panel, qui pour diverses raisons a bénéficié de moins de temps que les deux autres, présentait une variété de situations et d’initiatives citoyennes ou associatives en matière de réalisations urbaines télématiques. Ainsi, le projet d’Interface 3, une association de formation professionnelle pour les femmes qui a comme objectif de les initier au développement de sites Web et a pris comme exemple concret le développement d’un site pour la ville de Bruxelles. Ou encore le projet de l’asbl Différences qui favorise le développement d’applications télématiques pour les personnes handicapées mais crée aussi des sites web de villes ou de communes.

Le projet de Causes Communes, initiative lancée il y a maintenant plusieurs années au moment de l’opération « Villages Roumains », vise à relier, via un projet d’émission de télévision et de site Web, des citoyens de différentes villes, de différentes communes d’Europe et fait donc plus penser à un projet de communauté en ligne. Ce projet rappelle aussi les initiatives de télévision communautaire, de radio libre des années 70 dont le but était de favoriser la citoyenneté et de renouer le lien social entre les gens.

Les deux autres initiatives ressemblent à des projets « plus classiques » de villes virtuelles, c'est-à-dire qui visent à promouvoir une ville ou une région alors que ce n'est pas le but principal des trois précédentes initiatives. L’association Plug-In-Liège et le site du même nom promeuvent la ville et la région liégeoise et utilisent Internet pour ce faire. Enfin, un particulier est venu évoquer le site qu’il a réalisé pour sa ville d’origine, Binche, où il n’habite pourtant plus et a souligné que le fait de réaliser ce site qui met en valeur l’attrait touristique et folklorique de la ville, le rapproche peut-être virtuellement de cette ville où il n’est plus physiquement.

L’assemblée soulève la question de qui « a le droit » de faire un site sur une ville, de mettre des informations sur ce site, informations qui pourraient être fausses. Se pose aussi la question du contrôle de l’information et de l’utilisation du nom de la ville ainsi que des informations s’y rapportant. Il est vrai que tout le monde ne sait pas nécessairement que le nom du site, l’URL, révèle si ce site est officiel ou non. Les appellations .be ne sont en effet accordées que si la demande émane des autorités locales et les informations reprises sur les sites dont l’URL comporte .be sont donc des informations officielles. Ceci est déjà un moyen de « contrôle ». Néanmoins, tout le monde ne connaît pas ces éléments et ne sait pas nécessairement déchiffrer l’origine de l’information et donc son exactitude ou son caractère officiel. Cet élément devrait sans doute rentrer dans les formations à Internet qui pourraient être données aux citoyens.

Bien sûr, cela ne signifie nullement que les sites autres que les .be ne contiennent pas d'informations rigoureusement exactes ou officielles, on le constate bien avec les exemples de Plug-In-Liège ou de Binche, où le particulier qui en est l’initiateur, fait vérifier toutes les informations avant de les mettre en ligne. Cependant, certains participants craignent que tout le monde n’ait pas la même « conscience professionnelle » que les responsables des sites précités. De manière plus générale, cet élément soulève la question de qui compose la ville, qui la « contrôle », à qui elle appartient. Question posée lors du débat mais à laquelle il a bien sûr été difficile de répondre. On se rend néanmoins compte des problèmes, parfois fondamentaux, d’image et d’identité, que peuvent susciter ces projets de ville virtuelle.

3.3. Troisième panel: Initiatives commerciales

Enfin, le troisième panel était consacré aux initiatives plus commerciales comme celle de Belgacom en association avec Idelux à Marche-en-Famenne, celle du centre IBI à Wavre ou d’Aleph-1 dans différentes communes du Brabant wallon.

A Marche, Belgacom expérimente son projet Citylink, une application générique de contenu local et commercial. L’idée est de distribuer ce contenu aux citoyens, de leur permettre d’y accéder de différentes manières, par des bornes interactives, des « network computers » (terminaux Internet) et de donner également la possibilité aux citoyens de développer leur propre page. L’application est donc centrée sur le citoyen et le seul but de Belgacom est de fournir des outils. L’assemblée fait remarquer qu’on ne voit cependant pas bien, vu l’importance des contextes locaux de développement mis en évidence par l’exposé d’Alain d’Iribarne et celui de Béatrice van Bastelaer, comment une application générique pourrait facilement être adaptée à des villes et communes différentes. Par ailleurs, il semble difficile dans ce cas d’intégrer réellement l’administration dans ce type de projet développé par une entreprise externe et souvent peu au fait du fonctionnement quotidien et des problèmes concrets rencontrés par une administration dans son travail journalier et ses contacts avec la population. L’idée de Belgacom est qu’il y a un certain nombre de formulaires standard demandés dans toutes les administrations locales du pays et un certain nombre d’informations de base telles que les horaires d’ouverture des services administratifs, l’horaire des transports en commun locaux qui peuvent être facilement et rapidement mis en accès direct sur le site, ce qui est d’ailleurs fait à Marche. L’assemblée reste cependant sceptique sur les possibilités d’extension d’un tel projet vu l’importance du contexte local déjà souligné et le souhait de chaque commune d’avoir un site propre, reflet de son identité et de son image, toutes deux différentes de celles de la commune voisine.

Idelux qui collabore au projet pilote de Marche apprécie l’aspect démonstratif de ce projet dans une perspective de diffusion d’une culture Internet auprès de la population. Idelux participe notamment au centre de sensibilisation et de formation qui, depuis septembre 1997, a accueilli 7500 personnes et 90 entreprises. Le responsable d’Idelux souligne l’importance de l’engagement du bourgmestre dans le projet pour maximiser les chances de réussite de celui-ci.

A Wavre, le projet développé par le centre IBI est tout à fait privé. Il propose aussi des informations sur l’administration mais également des informations plus ludiques ou relatives à l’ensemble des écoles de la commune. Le souhait de IBI est que les particuliers aient une présence gratuite sur le site, les firmes commerciales étant les seules à devoir payer pour leur présence. Le site wavre.com est une vitrine de Wavre et montre aux gens ce qui est à leur disposition dans la ville. Le responsable du site souligne l’importance de faire connaître l’existence du site sur les outils de recherche existants et donc d’informer le citoyen de l’existence et du contenu du site. Wavre.com propose également des forums de discussion, dont un forum complètement libre, sans contrôle ou modération, mais il est peu utilisé. Le responsable du site souligne le fait qu’il a l’impression que les gens demandent souvent la parole mais ne l’utilisent pas toujours quand ils en ont la possibilité.

Enfin, le responsable d’Aleph-1, fournisseur Internet qui a développé plusieurs sites dans le Brabant wallon présente brièvement les différents sites en question: Braine-l’Alleud (le premier site officiel en Belgique), Waterloo, ... Il explique la nette différence entre les sites officiels (.be) et les sites commerciaux (.com) qu’il gère également. Il insiste également sur la nécessité de promouvoir les sites en les référençant sur d’autres sites, comme ceux des villes jumelles, ou en organisant des activités ponctuelles comme un bus situé sur la place publique de Braine-l’Alleud un jour de marché et qui a permis à tous ceux qui le souhaitaient d’accéder gratuitement et de découvrir Internet et le site de leur ville.

4. Discours de clôture par le Ministre Lebrun

La journée s’est terminée par un discours du Ministre Lebrun, ministre wallon de l’Equipement et des Transports qui, avec Bernard Anselme, ministre wallon des Affaires Intérieures et de la Fonction Publique, finançait l’organisation de la journée. Le Ministre Lebrun a expliqué comment le développement de villes virtuelles s’intégrait dans le projet WIN du gouvernement wallon. WIN, l’Intranet wallon, est un réseau à haut débit et de grande qualité qui reliera les administrations, les écoles, les hôpitaux et qui devrait permettre aux wallons de se connecter à faible coût au réseau Internet. La concession de ce réseau, basé sur l’infrastructure en fibres optiques du Ministère de l’Equipement et des Transports, a été récemment attribuée à un consortium mené par Belgacom. Par rapport aux villes virtuelles, le ministre Lebrun a mentionné une enquête menée auprès de 20 communes wallonnes sur le développement de téléservices interactifs et le fait que le développement de villes virtuelles rentrait tout à fait dans la lignée des mesures prises par le gouvernement wallon en matière de développement du secteur des télécommunications en Région Wallonne.

5. Eléments de conclusion

En conclusion, on peut sans doute souligner:
  • l’importance du contexte local dans le développement de ces projets;
  • l’intérêt de l’étude de ce milieu local en tant que laboratoire du développement des autoroutes de l’information;
  • la variété des situations observées dans les différentes villes et communes mais aussi l’aspect commun de certaines questions telles la nature des utilisateurs et de leurs attentes, l’accès aux services et la formation, la motivation du personnel administratif, la réorganisation de l’administration locale, la nécessité de promouvoir l’existence du site concerné;
  • la question plus fondamentale de la notion-même de ville et son identité et de ceux qui ont le droit d’en faire la promotion;
  • la nécessité de réfléchir plus en profondeur à des questions comme l’interactivité, le contrôle de l’information et, enfin, l’évaluation sociale de ces expériences.
Cette journée n’a pas permis de répondre aux questions initiales du pourquoi, du pour qui et du comment. Elle a apporté de nouveaux éléments de réflexion. Une deuxième édition pourrait être la bienvenue dans quelques mois. C’est sur ce rendez-vous possible que les participants se sont séparés.
 
 
Béatrice van Bastelaer
Juillet 1998

Mail Pour tout problème technique  BvB - Juillet 1998