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2.1. La pornographie infantile sur Internet
Dans la partie qui suit, nous allons donner aux lecteurs quelques indications relatives à la présence sur Internet dinformations incitant à lexploitation sexuelle des enfants. Une telle démarche nous paraît importante pour démontrer la nécessité d'une réflexion et d'une action en la matière.
Avant d'aller plus loin dans la démarche, il importe que le lecteur ait bien à l'esprit que, si la pornographie infantile existe bel et bien sur Internet, il ne faut pas pour autant diaboliser le réseau.
En outre, la majorité des informations de pornographie infantile disponible sur Internet ne se trouve pas simplement en allumant son ordinateur et en se branchant sur Internet. Cest bien sûr le cas de certains newsgroups au titre particulièrement évocateur mais le reste de linformation illicite vit relativement caché sur le réseau et il faut être, soit un habitué du milieu et de ses codes, soit un fin limier pour retrouver cette information dans les coins d'ombre du réseau.
Pour les besoins de la recherche, nous avons sondé le réseau afin d'y découvrir quelques traces de la présence de ce type de matériel. Notre but n'est bien évidemment pas d'en faire une recension exhaustive mais bien de prendre conscience de lextension de la pornographie infantile sur Internet pour pouvoir en attester et pour montrer au lecteur, par quelques exemples choisis, les formes diverses que peut prendre ce type d'information sur Internet.
Le lecteur qui voudrait aller plus loin dans cette recherche peut se reporter à deux études sur le sujet. La première est celle de Markus Aksland, parue lors de la conférence de Stockholm contre lexploitation sexuelle des enfants en août 1996. Elle donne le résultat obtenu par des hackers, sorte de "crack" des réseaux informatiques, dont lobjectif unique était de parcourir le réseau afin didentifier des systèmes, des méthodes, des codes et les manières de communications utilisées par les personnes impliquées dans lexploitation sexuelle des enfants. La seconde a été réalisée par Marty Rimm de lUniversité de Carnegie Melon. Marty Rimm dit proposer la première étude systématique du rapport entre la pornographie (notamment la pornographie infantile) et Internet. Cette étude est cependant très contestée (Beaupré & Hein (1997), Hoffman & Novak (1995), Reid (1995)) notamment au niveau de la rigueur scientifique et de la recherche dinformations (conclusions tirées sur lensemble du réseau Internet à partir dun petit nombre de données).
2.1.1. La pornographie infantile dans les News
Il existe une dizaine de groupes de discussion très actifs dans la pornographie infantile. Ces groupes affichent ostensiblement leur tendance à travers des appellations telles que alt.sex.incest, alt.sex.children, alt.sex.pedophilia.pictures, etc. qui ne laissent que peu de doute sur leur propos. Ces groupes sont dès lors très visibles sur le réseau et accessibles à nimporte quel utilisateur, moyennant une recherche active à laide de mots-clés adéquats (cf. § 1.2.3.b.3. et 1.2.4.b.4.).
Mais ces groupes, que l'on peut soupçonner d'être des groupes de "propagande", ne sont en fait que la partie visible de l'iceberg mis en place dans le simple but d'augmenter le nombre des adeptes. Sous l'iceberg, se trouve un univers beaucoup plus caché et beaucoup plus important, accessible au seul public averti des noms de code et du vocabulaire derrière lesquels se regroupent les adeptes de la pornographie infantile.
Retrouver ces groupes relève de la recherche systématique sur le réseau ou ... du hasard; une connexion à un groupe d'amateurs des beautés de l'orient, de la nature ou d'un jeu en trois dimensions pouvant plonger lutilisateur dans l'univers sordide des boylovers ou des adeptes de l'inceste !
Mais que fait-on dans ces groupes de discussion clairement liés à la pornographie infantile ? Essentiellement, s'échanger des messages et des images. Si certains se contentent d'échanger du matériel pornographique infantile, d'autres vont bien au-delà, se servant du réseau pour se livrer à un véritable trafic d'enfants. Ainsi découvre-t-on dans les newsgroups des images ou des demandes dimage (exemple 1), des demandes de rencontres réelles (exemple 2), des discussions qui tentent de justifier les relations sexuelles adultes - enfants (exemple 3), des histoires mettant en scène des enfants dans des scènes pornographiques ou de la publicité pour des sites Web ou des BBS traitant de ces sujets (exemple 4).
Exemple 1 : Demande dimages
Subject: Child Sex WANTED
From: Rjhags wef <rafaelsc@nutecnet.com.br>
Date: 1997/01/01please send me pics and videos with nude children or children having sex
Exemple 2 : Demande de rencontres réelles
Subject: I am looking for small children to have sex
From: jerryy@slip.net (Jerry )
Date: 1997/01/27I am looking for small children to have sex with from ages 6-9, boys & girls. I will pay big! Thanks. Jerry
Exemple 3 : Justification des relations sexuelles adultes-enfants (boylovers)
Date: Wed, 12 Feb 1997 13:04:42 GMT
Newsgroups: alt.support.boy-loversFrequently Asked Questionsfréquemment posées à propos de ce (NB. Extrait des questions les plus newsgroup et des "boylovers" en général)
1. What is alt.support.boy-lovers (a.s.b-l)?
a.s.b-l is a forum for males to discuss their feelings toward boys. It is intended to provide a sense of peer support for those having difficulty with their feelings, for boy lovers who feel isolated with their orientation, for those who possibly have no other avenue of discussion than via a group such as this, and for anyone else wishing to be educated on the nature of boy love and who and what boy lovers are. (...)
2. What is the definition of a "boy lover"?
A boy lover is a male who considers himself attracted to other males younger than himself. The usual situation is a male past puberty who is oriented, sexually or not, toward pre-teen or teen-aged boys. (...)
3. Aren't you talking about pedophiles?
In essence, yes. However, the word "pedophilia" is usually associated with sexual feelings, and many boy lovers feel that they are not sexually attracted to boys, or that sexual attraction is not of paramount importance. (...) It's unfortunate that "pedophile" has become such an emotionally charged, dirty word these days. In the dictionary sense, it describes very well what most boy lovers feel. In fact, the word "pedophile" is Classical Greek for "boy lover". Only today has such an innocous word come to describe as many heinous actions and mentally ill individuals as there are attitudes toward the condition. (...)
6. What does a boy lover do?
Apart from the obvious answer - "he loves boys" - a boy lover has many outlets for his feelings. A favourite pastime of boy lovers is collecting pictures of boys, and those boy lovers who have no desire to break the law usually make excellent photographers. (...)
Exemple 4 : Exemple de publicité pour des sites Web ou des BBS
Subject: Adult BBS - 100,000 Files plus
From: "chivas" <chivas@loxinfo.co.th>
Date: 1997/01/03Hey there everybody, This is not a spam, so please keep on reading....
Fat up with those slow Internet connections, disconnections and half-finished downloads of your favourite pictures without resume function or slow loading pages with SPAM all over it, not to mention those online services promise you everything and deliver nothing in terms of pictures for a high price.
Well, here is your solution if you are looking for the ultimate system for your picture collection you have no choice but to call us, unfortunately we are not connected to the internet yet so long distance charges apply.
We have currently 9 gigabyte of xxx-rated pictures online and growing daily !!! 9 CDROM on-line - All categories imaginable. Newsgroup files: Currently around 15,000 pic's from various groups, updated daily.
(Thailand) Tel:+66-2-XXXXXXX - 24 hours a day, every day (9,600-28,800 baud)
Pour donner une idée de lactivité au sein de ces groupes, le tableau 2 reprend le trafic observé dans six newsgroups. La première colonne reprend le nom des groupes, la deuxième le nombre de messages échangés entre le 01/01/1997 et le 27/01/1997 et la troisième, le nombre de messages qui contenaient des images.
Tableau 2. Activité de certains groupes de discussion
Nom du groupe |
Nombre de messages |
Nombre dimages |
| alt.sex.pre-teens | 79 |
54 |
| alt.sex.pedophilia | 69 |
44 |
| alt.sex.pedophile | 7 |
5 |
| alt.sex.incest | 393 |
92 |
| alt.sex.pedophilia.pictures | 87 |
32 |
| alt.sex.children | 63 |
17 |
2.1.2. La pornographie infantile sur les sites Web
Les sites Web de pornographie infantile suivent généralement tous le même principe.
Il s'agit de sites payants qui tentent, dans un premier temps, d'attirer le client en donnant gratuitement accès à un nombre plus ou moins important de photos ou de vidéos. Sur certains sites, ces photos à caractère pornographique mettent en scène des adolescents et des enfants. Une fois le premier pas franchi et le client attiré, le reste du matériel est payant.
Au-delà de ce principe commun, il existe différents types de sites de pornographie infantile.
Certains d'entre eux ont une vocation purement commerciale et sont, en quelque sorte, le catalogue des "services" offerts par le propriétaire. Ils offrent ainsi aux amateurs une panoplie de CD-Rom, de magazines, de "Sex Tours" au Mexique ou en Thaïlande, etc. (exemple 5).
Exemple 5 : Exemple de point de départ pour dautres services
Tired of geeking around on IRC or cruising the Newsgroups looking for hard-core KidSexPix?
Stop wasting your time !!!!! CYBER TRADER II offers *.gif & *.jpg files on diskette or CD-ROM, as well as hard-to-get videos and photographs! All models are under 18 years old !!!!!!
(...)
Gold Key Club membership includes access to the following:
Members Only Newsletter
Members Only BBS
Members Only scanning service
Members Only sex tours - Mexico and Thailand
Access to secret sites
Discount rates on CD-ROM & videosMembers Only access to the Cyber Trader II library of books, magazines, and photo sets
D'autres moins commerciaux mais tout aussi pernicieux sont des sites que l'on pourrait qualifier didéologiques. Ainsi, ceux consacrés aux boylovers. Ces sites, tout comme certains newsgroups consacrés à ce sujet (voir exemple 3), tentent de justifier l'amour et les relations sexuelles entre un adulte et un enfant à travers des arguments pseudo-scientifiques où les références à l'antiquité croisent généralement celles de la biologie et de la génétique. Mais, au-delà du discours, il y a sur ces sites des photos d'enfants nus, pas nécessairement toujours impliqués dans des scènes pornographiques, mais qui ne laissent que peu de doute sur le cas que ces adultes font de la dignité des enfants.
2.1.3. La pornographie infantile dans les BBS
Les BBS sont de véritables clubs privés sur le réseau Internet. Comme dans tout club privé, il faut payer pour y avoir accès. De ce fait, il ne nous a pas été possible de vérifier l'activité de ceux-ci dans le domaine de la pornographie infantile. Cependant, tout porte à croire qu'ils sont les centres d'une activité très intense en la matière. Ainsi, de nombreux newsgroups servent de plaques publicitaires à ces BBS et nous avons trouvé dans les messages échangés dans ces groupes de nombreuses annonces de BBS pouvant satisfaire tous les "fantasmes" de l'abonné.
Pour ces BBS comme pour les sites Web payants, il importe de souligner le rôle de facilitateur que peuvent y jouer des organismes de paiement tels VISA, American Express, etc. Sans ces organismes de paiement, le marché de la pornographie infantile sur Internet ne pourrait sans doute pas se développer avec autant de facilité. La question de leur vigilance à l'égard des droits de l'enfant et d'une certaine éthique des affaires se doit d'être posée ouvertement.
2.1.4. La pornographie infantile sur IRC
Nous navons pas nous-mêmes été vérifier sur IRC si des informations à caractère pédophile y étaient échangées ou diffusées mais nous avons reçu plusieurs messages signalant que ce canal était de plus en plus utilisé pour diffuser ce type dinformation.
Linformation pédophile ou relative à la pornographe infantile est présente sur Internet, que ce soit dans les newsgroups, sur le Web, dans les BBS ou sur IRC. Nous recevons dailleurs fréquemment des messages dutilisateurs confrontés à ce type dinformations, parfois extrêmement choquantes, et qui ne savent souvent pas où sadresser pour dénoncer celle-ci ou lutter contre ce genre de manifestation sur le réseau.
Il faut bien sûr distinguer dans ces informations celles qui sont envoyées sur des canaux spécialisés en pornographie infantile, souvent réservés aux adeptes, et les informations publicitaires, de "propagande" ou simplement de provocation diffusées dans des canaux totalement étrangers au sujet. Les deux existent et on ne peut nier le fait quInternet soit un nouveau moyen, sans doute beaucoup plus efficace, de diffuser à large échelle et souvent à moindre coût, ce type dinformation qui utilisait autrefois des canaux plus traditionnels (journaux spécialisés,...). Un des buts de MAPI est de lutter contre la diffusion à large échelle de ce type dinformations principalement auprès des personnes qui ne souhaitent vraiment pas les recevoir.
* Concernant le dilemme du contrôle
Comme évoqué dans lintroduction, la clandestinité de la pornographie infantile risque de croître avec l'augmentation du contrôle sur Internet. On est là au coeur d'un dilemme maintes fois évoqué dans MAPI : tout contrôle sur le réseau rendra ces pratiques de plus en plus clandestines sans pour autant nécessairement diminuer le danger que celles-ci représentent pour les enfants victimes de lexploitation sexuelle. Cependant, un contrôle de ce type pourra diminuer le risque pour lutilisateur dInternet, enfant comme adulte, dêtre confronté à de la pornographie infantile sur le réseau.
Nous pensons en effet qu'en réagissant et en dénonçant systématiquement là où on la trouve toute information qui porte atteinte à la dignité et à l'intégrité des enfants, nous pourrons à terme sensibiliser un plus grand nombre aux droits de l'enfant et, par ce biais, faire reculer la pornographie infantile sur le réseau.
* Concernant le rôle des organismes de paiement
Les organismes de paiement jouent le rôle de facilitateur du développement du marché de la pornographie infantile sur Internet. Au nom d'une éthique des affaires, il importe que ces organismes prennent pleinement conscience de leurs responsabilités et exercent une plus grande vigilance dans les contrats qui les lient avec leurs clients.
Le message qui suit a été reçu par un grand nombre dutilisateurs du réseau en octobre 1996. Une grande majorité de ceux-ci se sont émus de la réception de ce message et ont vivement protesté, surtout auprès du fournisseur daccès dont émanait le message, en loccurrence America Online. Il sest avéré par la suite que ce message était un faux, rédigé et envoyé partout dans le monde pour des raisons diverses. La presse sest largement emparée de cet exemple pour montrer les travers dInternet, la plupart du temps cependant, sans se poser la moindre question sur lauthenticité de ce message. Cest pourquoi il nous a paru pertinent de reprendre cet exemple ainsi quun message expliquant lorigine de celui-ci et éclaircissant différents éléments relatifs à la diffusion dun tel message, dont on comprend aisément quil ait pu choquer la plupart des utilisateurs qui lont reçu.
Subject: Child pornography
From: TipToe0001
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Attn: Steve Barnard
81-12 Roosevelt Ave., Apt. 608
Jackson Heights, NY 11372You can also send your credit card numbers. I do not accept American Express cards.
Subject: AUI - Communique de presse - 22/10/96
From: marzouki@verdon.imag.fr (Meryem Marzouki)
Internet, réseau de pédophiles stupides ou provocation médiatique?
(communiqué de presse de l'AUI - 22/10/96)Depuis deux jours un très grand nombre d'utilisateurs d'Internet a reçu par e-mail (courrier électronique) ce qui semble être une proposition commerciale concernant de la pornographie infantile. Une adresse postale aux USA est indiquée.
L'AUI (Association des Utilisateurs d'Internet) s'est aussitôt intéressée à ce dossier, et une enquête approfondie a été menée.
Le fournisseur daccès américain (AOL) depuis lequel ce message a été posté a rapidement fermé les accès de la personne responsable, et transmis le dossier à ses services juridiques. Le message a été envoyé depuis 3 adresses différentes à ce jour, toutes domiciliées chez AOL. Le public visé a visiblement été choisi au hasard dans les listes des clients de différents fournisseurs daccès, et des adresses professionnelles universitaires ont également été ciblées. Une FAQ américaine a déjà été rédigée et postée publiquement. Une traduction en français de cette FAQ est disponible sur le serveur de l'AUI (http://www.aui.fr/Dossiers/Pedophilie/presentation.html).
Ce message étant à lévidence illégal dans de nombreux pays, nul doute que lenquête policière qui suivra donnera lieu aux poursuites applicables, nul vide juridique en loccurrence ne saurait exister.
Cette affaire amène l'AUI à se poser un certain nombre de questions :
Le fait que l'auteur de ce message indique une adresse postale dans un message à lévidence illégal mais très largement distribué témoigne soit d'une stupidité au-delà de l'imaginable soit d'une volonté de provocation, probablement à l'encontre de la personne résidant à l'adresse indiquée mais peut-être aussi d'une tentative de convaincre un public mal informé, sensible à l'amalgame Internet/Pédophilie dont certains médias se font malheureusement lEcho, d'un hypothétique danger spécifique au réseau.
Les dérives récentes des organes de presse à propos d'Internet et la pédophilie (l'AFP et certains journaux citant l'AFP, par exemple) ont montré la méconnaissance des médias, et par eux du public, concernant Internet. Le chiffre de 40 millions de pages pédophiles qui fut cité par erreur, s'il a bien donné lieu à une correction ultérieure qui n'a bien sûr pas connu le même retentissement que l'erreur d'origine (40 millions était le nombre de pages recensées sur Internet tout entier à lépoque des faits), a été par exemple mis en exergue par des journalistes en manque de sensationnel mais sans pour autant avoir donné lieu à la moindre vérification, qui aurait pourtant rapidement démontré lincohérence de ce chiffre.
Une telle désinformation ne peut qu'amener de plus en plus souvent lémergence de nouvelles "affaires", les nouveaux arrivants s'attendant à découvrir ce qui leur avait été décrit comme un réseau pédophile, par exemple. Comment peut-on à la fois publiciser à l'envi les rares dérives et sétonner du fait que certains vont ensuite utiliser le réseau pour passer à l'acte?
Reste qu'on peut se demander si l'utilisation d'Internet pour faciliter la commission de délits n'en fait pas, paradoxalement, un précieux moyen de lutte contre ces mêmes délits, qui restent souvent ignorés lorsqu'un autre support de communication, plus confidentiel, est utilisé. Et que l'acharnement qui semble vouloir à tout prix empêcher des délits de se commettre sur le réseau sans s'interroger sur le fait que ces délits préexistaient et continueront à exister avec ou sans Internet n'est pas au fond une manière facile de vouloir à nouveau faire en sorte que ces délits restent confortablement ignorés.
Meryem Marzouki - TIMA-CMP - Meryem.Marzouki@imag.fr
Note de l'AUI : Le texte qui suit est une traduction de la FAQ de Scott Forbes et postée le 21/10/96 sur, entre autres, news.admin.net-abuse.misc. Toutes les références aux lois et aux organismes de police ou de justice concernent lAmérique du Nord.
1. Pourquoi ai-je reçu cet e-mail? Suis-je sur une mailing list de pédophiles?
En dépit de leur affirmation que "... votre adresse e-mail était sur une liste répondant à ce critère", il apparaît que les destinataires de cet abus sont simplement un ensemble d'adresses e-mail valides, choisies au hasard, probablement extraites du réseau par un programme conçu à cet effet.
Certains avancent que des utilisateurs de misc.kids, alt.abuse.recovery, news.admin.net-abuse.misc et/ou alt.religion.scientology étaient visés comme destinataires de ces e-mails, mais il est aussi probable que les lecteurs de ces groupes étaient susceptibles d'y accorder plus d'attention que les autres. On ne peut donc en tirer de conclusion. A lui seul, le nombre de destinataires suggère que la liste était très générale, plutôt que ciblée vers un groupe particulier d'individus.
Il semble peu probable que la lettre soit ce qu'elle prétend être (une lettre émanant de Steve Barnard, pédophile). Cela ressemble plus certainement à une attaque envers Mr. Barnard de la part d'une tierce personne, écrite pour salir sa réputation et faire en sorte qu'il devienne l'objet de lettres d'insultes et de coups de téléphones vengeurs.
2. Qui a envoyé ces e-mail? Qui sont "TipToe0001@aol.com" et "R9ch@aol.com"? Pourquoi les messages qu'on leur envoie reviennent-ils?
"TipToe0001" et "R9ch" sont des pseudonymes America Online. Le logiciel AOL permet à chaque compte de créer jusquà cinq pseudonymes, avec une boite à lettres et une adresse séparées. L'utilisateur d'AOL peut créer et effacer ces noms à volonté.
Les premières analyses des en-têtes de ces messages révèlent qu'AOL en est la source, donc cela ressemble à la démarche suivante : quelqu'un a créé deux pseudonymes sur son compte AOL, expédié les messages "Child Fun!" et "Child XXX" en utilisant ces pseudonymes, puis effacé ces derniers (à moins que ce ne soit l'administration d'AOL qui les ait effacés). Il n'y pas lieu décrire à ces adresses, puisqu'elles n'existent plus.
America Online devrait être en mesure d'identifier les usagers qui ont créé et utilisé ces pseudonymes et remonter jusqu'au propriétaire réel du compte. AOL a déjà saisi son service juridique et mène son enquête.
3. Qui est Steve Barnard? Comment est-ce que je plante ce salaud?
Si Steve Barnard se livrait réellement à un trafic de nature pédophilique, envoyer ce message serait d'une colossale stupidité : à part entrer dans un commissariat et passer aux aveux, je n'imagine pas de meilleure solution pour attirer l'attention des pouvoir publics que d'envoyer à des milliers détrangers une lettre annonçant que vous avez des documents pédophiles à vendre.
Il semble plus probable que Steve Barnard est victime d'une atteinte par une tierce personne de mauvaise foi, qui tente de salir sa réputation et faire en sorte qu'il soit harcelé. Si cétait bien l'intention, lopération a certainement réussi.
Steve Barnard n'est pas connu sur le réseau, et le fait que les messages ne comprenaient pas son adresse e-mail est un indice pertinent pour conclure qu'il n'en a pas. Toute tentative d'entrer en contact avec lui devraient être laissée aux autorités (c.a.d. le FBI ou la police détat), dans les deux hypothèses.
Scott Forbes trans@lucent.com
Lucent TechnologiesTraduction en français : Jean-Yves Bernier, pour l'AUI (bernier@francenet.fr) - Copyright © 1996, Association des Utilisateurs d'Internet, pour la traduction française
2.2. Lattitude des fournisseurs face au problème de la pédophilie sur Internet
Dans le but de mieux connaître lattitude et le comportement de ceux qui fournissent accès à Internet et/ou aux services Internet et qui sont donc des acteurs-clés pour la problématique étudiée, le groupe MAPI a décidé de demander à un grand nombre de ces fournisseurs actuellement installés sur lensemble du territoire belge de répondre à un questionnaire réalisé sous forme électronique (cf. lannexe 3 du présent document). La demande de MAPI sest concrétisée dès le mois doctobre 1996 et a parfois dû être répétée ultérieurement. Des réponses ont été reçues jusquen février 1997. Au total, lenquête séchelonne donc sur près de 5 mois.
Une remarque simpose demblée : le questionnaire a été envoyé sans distinction aux fournisseurs daccès et de services Internet (tels que définis au § 1.2.7.).
Quant au questionnaire envoyé par MAPI, il est subdivisé en 6 thèmes :
- Contrôle des informations sur le serveur
- Contrat avec le client
- Code éthique/règle de conduite
- Regroupement des fournisseurs en Belgique
- Collaboration avec la police ou les instances judiciaires
- Renseignements généraux.
Il faut noter que le dernier point, utile pour la gestion du questionnaire, ne mérite pas dêtre analysé ici. Dautre part, quand le questionnaire a été rédigé, ISPA (Internet Service Provider Association) Belgium navait pas encore été créé (cf. ß 2.2.1) : ceci explique labsence de référence à cette association dans les questions.
Au total, pas moins de 108 entreprises ont ainsi été contactées (le cas échéant à plusieurs reprises). Parmi celles-ci, figurent 28 fournisseurs appartenant à lorganisation ISPA Belgium, fondée le 4 novembre 1996 à Bruxelles, avec le but principal de promouvoir les intérêts de lindustrie des fournisseurs de Services en Belgique. Parmi les autres objectifs dISPA, citons la centralisation de la discussion avec les autorités publiques et létablissement dun code de conduite pour les fournisseurs de services. ISPA Belgium comptait, à la date du 20 novembre 1996, 34 participants qui, par définition, ont signé un Memorandum of Understanding (MoU). Ces fournisseurs, aux dires dISPA, représentent plus de 85 % du marché Internet en Belgique. La liste des membres dISPA en date du 20 novembre 1996 se trouve à lannexe 2.
Sur les 108 fournisseurs interrogés, 35 ont répondu au questionnaire, soit plus de 30 %. Si lon sait que le taux habituel moyen de réponse volontaire à des questionnaires est de lordre de 8 %, on réalise que ces résultats sont très honorables et témoignent dun réel intérêt des fournisseurs pour la problématique abordée. Il faut noter que cet intérêt était spontanément plus marqué de la part des petits fournisseurs. Cependant, suite à linsistance de la demande de MAPI, plusieurs grosses entreprises ont finalement accepté de répondre à ce questionnaire ou ont finalement trouvé le temps de le faire. Dautre part, les entreprises qui ont collaboré à lenquête de MAPI sont bien réparties sur lensemble du territoire de la Belgique : 10 dentre elles sont en région wallonne, 13, en région bruxelloise et 12, en région flamande. Parmi ces 35 entreprises, 14 sont membres dISPA. Donc plus de 40 % des participants dISPA ont participé à lenquête. Au total, on peut conclure que lEchantillon de réponses obtenues est très satisfaisant, non seulement sil est comparé à lensemble de la population de fournisseurs belges, mais aussi en termes de couverture du marché et de répartition en Belgique.
Les résultats détaillés concernant les 35 fournisseurs sont présentés ici de façon synthétique. Les réponses obtenues avec leurs fréquences observées sont jointes au questionnaire lui-même à lannexe 3.
a. Contrôle des informations sur le serveur
La grosse majorité des fournisseurs (30/35) affirment quil leur arrive de contrôler des informations présentes sur leur serveur et se déclarent aussi en mesure dinterdire laccès à ces informations.
Quand on leur demande sil leur arrive parfois dinterdire effectivement certaines informations, plus de 70 % des entreprises répondent affirmativement.
Les types dinformation les plus souvent prohibées sont, dans lordre, celles incitant à lexploitation sexuelle des enfants (newsgroups à titre clairement pédophile), puis celles incitant à la haine raciale et encore celles incitant à la violence. Sont aussi parfois interdites les informations pornographiques ou encore celles ne respectant pas des copyrights.
Pour condamner ces informations, la grande majorité des fournisseurs (29/35) déclarent se baser sur leur bon sens. Certains évoquent aussi les réglementations nationales (ou plus exactement le peu quils en connaissent, en particulier, la législation existant sur les publications) ou un code déthique. Les réponses récoltées ici laissent supposer que bon nombre des fournisseurs ne connaissent pas leur responsabilité en matière de contrôle des informations sur le serveur.
A noter encore que près de 30 % des entreprises avouent navoir jamais interdit aucune information. Quelques-unes (3/33) sont délibérément permissives et se justifient en se retranchant derrière le respect de la liberté dexpression de leurs clients ou encore en disant quelles ne sont que des "revendeurs" daccès. Mais la plupart affirment navoir encore jamais été effectivement confrontées à la présence sur leur serveur dinformations encourageant lexploitation sexuelle des enfants.
57 % des fournisseurs qui ont répondu à MAPI ont un contrat avec leurs clients.
Notons que le contrat en vigueur chez un fournisseur (qui prône, par ailleurs, la liberté dexpression) déclare explicitement que le fournisseur ne contrôle aucune information et que lutilisateur de lespace Web est lui-même responsable de son contenu.
Mais, en grande majorité (16/23), ces contrats précisent que le fournisseur se réserve le droit dinterdire laccès aux pages de leurs clients qui ne respectent pas diverses règles déthique. En revanche, seule une minorité de contrats (7/23) définissent la nature des informations interdites. Quelques-uns (4/23) déclarent en outre que le fournisseur se réserve le droit de communiquer des informations à la police.
Parmi ceux qui nont pas de contrat avec leurs clients, certains envisagent lélaboration dun tel document, le cas échéant, quand ils en auront le temps. Certains aussi se réservent unilatéralement le droit de supprimer des informations qui pourraient heurter. Un fournisseur, enfin, déclare attendre une obligation légale avant de songer à un contrat.
c. Code éthique/règle de conduite
74 % des entreprises qui ont répondu affirment navoir pas élaboré de code déthique en matière de fourniture daccès à Internet. Celles qui ont un code lont généralement depuis le début de leur activité.
77 % de ces mêmes fournisseurs sont cependant favorables à lélaboration dun tel code au niveau de lensemble des fournisseurs daccès en Belgique. Parmi ceux qui sont contre un tel code généralisé, certains invoquent la liberté dexpression.
A la question essentielle, "vous sentez-vous responsable des informations qui circulent par vos services ?", 55 % des réponses sont négatives.
Il faut enfin souligner fortement le fait que plus de 84 % des fournisseurs se déclarent favorables à léclaircissement juridique de leurs responsabilités.
d. Regroupement des fournisseurs en Belgique
79 % des fournisseurs qui ont répondu à la question concernant un éventuel regroupement des fournisseurs Internet en Belgique sont favorables à la mise sur pied dune telle association professionnelle qui a vu le jour en novembre 1996 mais ne regroupe pas (encore) la totalité des fournisseurs belges. Certains font cependant remarquer que les intérêts des fournisseurs daccès peuvent différer de ceux des fournisseurs de services.
Parmi les buts invoqués pour justifier une telle association, citons létablissement dune interface avec lextérieur (autres professions, instances juridiques, administratives, etc.), la définition de grandes orientations, la création dun organe de concertation et de coordination, la définition des responsabilités des fournisseurs et létablissement dun code éthique, la protection des intérêts des fournisseurs et la défense de la profession, lamélioration de linformation et de la communication, linstauration dun espace de discussion, la défense de la liberté dexpression, la mise en valeur des compétences, le lobbying politique,...
Les adversaires dune association de ce type justifient, quant à eux, leur position en disant, par exemple, quune association professionnelle aurait pour effet "de renforcer la crédibilité de certaines sociétés dont les services sont des plus mauvais".
e. Collaboration avec la police ou les instances judiciaires
Seulement quatre entreprises de léchantillon étudié ont été contactées par la police judiciaire, la gendarmerie ou le parquet, pour une demande dinformation concernant lexploitation sexuelle des enfants. Elles ont chaque fois accepté cette demande de collaboration en fournissant les informations demandées.
De plus, cinq fournisseurs ont été interrogés par la police judiciaire, par le parquet ou encore par la gendarmerie dans le cadre dautres recherches (notamment concernant la zoophilie). Lun deux a refusé de collaborer.
2.2.3. Essai de complément denquête
MAPI a repris contact avec tous les fournisseurs ayant déclaré avoir un code éthique et/ou un contrat, quil soit effectif ou en préparation, dans le but dobtenir un complément dinformation à ce sujet. Cette fois-ci, malheureusement, les réponses ont été rarissimes. Notons quand même que, sur les quatre entreprises qui nous ont fourni de linformation supplémentaire, deux refusent de divulguer quoi que ce soit en invoquant une clause de confidentialité.
Cette enquête réalisée par MAPI est, à notre avis, la première du genre en Belgique. Elle a permis de mettre en évidence beaucoup dobservations intéressantes.
Tout dabord, le taux de participation des fournisseurs daccès et/ou de services Internet à lenquête est très élevé : ceci témoigne sans doute de lintérêt des fournisseurs pour le problème de la présence sur leur serveur dinformations incitant à lexploitation sexuelle des enfants.
Ensuite, il est intéressant de constater que les fournisseurs affirment massivement, dune part, être en mesure dinterdire laccès à de linformation sur leur serveur et, dautre part, procéder parfois à de telles interdictions. Il apparaît, en outre, que les fournisseurs ne connaissent généralement pas leurs devoirs et leurs droits en matière de contrôle dinformation. Ils demandent dailleurs eux-mêmes des éclaircissements juridiques à ce sujet.
Il faut encore noter que, dans léchantillon, près de 60 % des fournisseurs ont un contrat avec leurs clients et que, généralement, selon les fournisseurs, ce contrat stipule quils peuvent interdire laccès à des pages de leurs clients pour des raisons morales. Nous navons cependant pas eu loccasion de le vérifier malgré notre souhait dobtenir des copies de ces contrats.
En ce qui concerne les codes éthiques, il convient de retenir de lenquête MAPI que, malgré le désir exprimé par près de 80 % des fournisseurs davoir un code général pour lensemble de la Belgique, ce type dauto-réglementation est encore très rare. Il est vrai que cette situation pourrait évoluer puisque la toute récente ISPA Belgium sest fixé comme lun de ses buts lélaboration dun code éthique pour les fournisseurs belges. Il sagit en outre dune proposition du Ministre di Rupo, Vice Premier Ministre et Ministre de lEconomie et des Télécommunications, lors du Conseil des Ministres du 13 septembre 1996 mais qui nest pas encore dapplication.
Enfin, il faut savoir que plus de la moitié des fournisseurs qui ont répondu au questionnaire déclarent ne pas se sentir responsables des informations qui circulent sur leur serveur. Or ils se déclarent en majorité désireux dun code éthique. La question qui se pose alors naturellement concerne le contenu de ce code : quel niveau de responsabilité des fournisseurs y sera reconnu ?
* Concernant le contrôle exercé par les fournisseurs
Il importe que les fournisseurs daccès et/ou de services Internet contrôlent autant que possible linformation sur leur serveur et, quand ils sont en mesure de le faire, quils interdisent effectivement les informations pouvant inciter à lexploitation sexuelle des enfants quils rencontreraient lors dun contrôle de leur part ou qui seraient portées à leur connaissance.
* Concernant la responsabilité des fournisseurs
Il nous semble que, malgré quune analyse rapide de la loi (voir section 3.2.) montre que la responsabilité pénale des fournisseurs de services et, dans une moindre mesure, des fournisseurs daccès, dans le cadre de la diffusion de matériel pédophile est assez claire, ceux-ci ignorent totalement leurs responsabilités et les sanctions quils encourent. Il napparaît pas nécessaire de préciser la loi belge mais peut-être déclairer davantage les fournisseurs quant à leurs responsabilités en éditant un document pédagogique à leur usage. Ce pourrait être un des objectifs concrets dISPA.
* Concernant les contrats clients-fournisseurs
Nous recommandons que des contrats soient utilisés entre les fournisseurs et leurs clients et que ces contrats comportent toujours une clause permettant aux fournisseurs dinterdire laccès à des informations incitant à lexploitation sexuelle des enfants.
* Concernant les codes de déontologie et les codes éthiques
Il importe que tous les codes de déontologie et les codes éthiques pour les fournisseurs Internet, et particulièrement celui en cours délaboration par ISPA Belgium, mettent en évidence la responsabilité de ces fournisseurs, en particulier en ce qui concerne les informations à caractère pédophile.
* Concernant lassociation professionnelle ISPA Belgium
Il nous semble primordial quISPA Belgium accorde le plus grand soin à ne pas restreindre le groupe de ceux qui élaborent son code aux seuls fournisseurs mais létende à toutes les parties intéressées et, en particulier, aux utilisateurs dInternet.
Plusieurs de ces recommandations, notamment celle relative à un code de bonne conduite et au contrôle des informations par les fournisseurs ont été proposées par le Ministre di Rupo lors du Conseil des Ministres du 13 septembre 1996. Elles sont cependant encore à létude.
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