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Partie 1. Pour Comprendre

La Convention Internationale des Droits de l'Enfant des Nations Unies consacre son article 34 à la lutte contre la pornographie infantile et, plus précisément, contre toutes les formes d'exploitation et de violence sexuelles à l'égard des enfants.

Ce que les Etats réprouvent, le monde de l'Internet ne peut l'accepter sous prétexte de la nouveauté du média et de la liberté d'expression.

Mais, pour refuser, il faut d'abord comprendre. C'est pourquoi, dans cette première partie et pour une meilleure compréhension du problème, nous poserons modestement quelques pierres que nous avons voulues avant tout pédagogiques loin des jargons techniques, juridiques et sociologiques.

Premièrement, la pornographie infantile. Notion intuitivement simple et autour de laquelle il existe un large consensus moral, elle s'est vite révélée complexe pour qui veut la réguler. En effet, au-delà des termes, c'est la question de la définition de l'enfant dans notre société qui se voit posée.

Deuxièmement, Internet. Formidable outil de communication et de connaissance, Internet est aussi un réseau complexe aux multiples facettes qu'il convient de connaître pour y exercer nos responsabilités de citoyen. Trop souvent, cette complexité sert de prétexte à l'inertie des lois et des hommes. Sans doute, cette complexité est-elle bien réelle mais avant de crier à l'impossibilité d'agir, il faut d'abord connaître.

 

 

1.1. La pornographie infantile

Définir la pornographie infantile est une tâche complexe dans la mesure où sa définition est extrêmement liée aux contextes nationaux et aux critères de moralité qui y président. Ce terme repose en outre sur le concept d’enfant qu’il convient de définir avant autre chose.

1.1.1. Qu'est-ce qu'un enfant ?

Il y a sans doute autant de définitions de l'enfant que de disciplines qui se penchent sur le sujet. Ainsi, les psychologues mettront en avant certains critères relatifs à la maturité et au développement psychologique, les biologistes s'attacheront à des critères d'évolution corporelle, les moralistes et les philosophes à des notions de conscience et de liberté du consentement.

Toutes ces définitions sont intéressantes et permettent d'approcher l'enfant dans ses multiples spécificités. Cependant, il convient d'en souligner les limites quand il s'agit de s'attaquer à un problème tel que la pornographie infantile. En effet, ces définitions sont extrêmement relatives et contingentes d'un enfant à l'autre. La maturité biologique, par exemple, peut être atteinte dès l'âge de 10 ans chez certains enfants alors que, chez d'autres, elle ne se révélera que plus tard vers l'âge de 14 ou 15 ans. Par ailleurs, ces définitions sont partielles et ne permettent d'approcher l'enfant qu'en couches séparées, non nécessairement coordonnées : un enfant pouvant, par exemple, être mature sur un plan biologique sans l'être pour autant sur un plan psychologique ou moral.

Il y a donc danger à utiliser de telles définitions pour réguler le problème de la pornographie infantile. Plus grave, certaines de ces définitions et notamment celles relatives à la maturité biologique peuvent servir à légitimer un certain nombre de pratiques sexuelles à l'égard d'enfants sous prétexte qu'ils sont matures biologiquement. Ainsi certains adeptes du tourisme sexuel dans des pays tels que le Cambodge, la Thaïlande ou le Vietnam, justifient-ils leur déviance par la soi-disant précocité biologique des enfants de ces pays. Il y a dans ces arguments non seulement un racisme larvé, mais aussi une légitimation mensongère de pratiques que, consciemment ou non, ils savent illégales.

Face aux limites des définitions et dans la seule volonté de protéger tous les enfants, quelle que soit leur singularité psychologique, biologique ou morale, le législateur a jugé bon de normer la notion d'enfance en s'attachant au seul critère réellement objectivable et donc opposable à tous, l'âge. On pourrait s'interroger à l'infini sur la pertinence d'une démarche qui entend normaliser la notion d'enfance par un seul critère, il n'en demeure pas moins qu'elle reste sans doute la seule voie si on veut garantir les mêmes droits à tous les enfants.

Le critère d'âge étant posé, il reste à en fixer la barre, à savoir celle de la maturité sexuelle ou encore l'âge auquel le législateur estime qu'une personne peut exercer son libre consentement dans les relations sexuelles qu'elle lie avec d'autres. Et là se pose un nouveau problème, une nouvelle inégalité entre les "enfants" suivant leur pays d'appartenance. En effet, si les Nations Unies, dans leur convention internationale, ont fixé haut la barre de l'enfance puisqu'un enfant y est défini comme un mineur de moins de 18 ans, cette barre est beaucoup moins élevée dans d'autres pays et fait apparaître d'importantes disparités en ce compris au sein des pays de l'Union Européenne (voir tableau 1).

Tableau 1 : Maturité sexuelle au sein de l’Union Européenne
 
Pays
Maturité sexuelle
Allemagne
Autriche
Belgique
Danemark
Finlande
France
Grande-Bretagne
Grèce
Irlande
Italie
Luxembourg
Pays-Bas
Portugal
Espagne
Suède
14
14
16
15
14
18
16
18
17
14
16
14
18
12
16
 
Source : Adapté de LEDERER L.J., GUTHRIES P., MENDOZA M.A. (1996), National legislation on and international trafficking in child pornography, Report of the Center on Speech, Equality and Harm, University of Minesota Law School, August 1996.
 

1.1.2. Qu'est-ce que la pornographie infantile ?

Avant d'aller plus loin, il importe de clarifier le concept de pédophilie par rapport à celui de pornographie infantile dans la mesure où MAPI se définit comme Mouvement Anti-Pédophilie sur Internet. Y a-t-il là abus de langage ou amalgame entre deux phénomènes que l'on se devrait de considérer comme distincts ?

Comme le souligne M. A Healy d’ECPAT, End Child Prostitution in Asian Tourism (1996), tout dépend en la matière de la définition donnée au terme "pédophilie". Pour certains, parmi lesquels l'Association Américaine de Psychiatrie, la pédophilie doit être considérée comme un désordre mental dans lequel l'adulte éprouve une attirance sexuelle pour des enfants pré-pubères. Cependant cette définition restrictive liant la pédophilie à un désordre mental tend à médicaliser le phénomène et à ignorer le développement d'un important marché du sexe impliquant des enfants et dont les consommateurs ne sont pas tous des cas diagnostiqués comme psychiatriques. C'est pourquoi, nombre d'experts s'accordent aujourd'hui pour définir la pédophilie comme le comportement d’adulte éprouvant une attirance sexuelle envers des individus légalement considérés comme des enfants. Par leurs comportements, ces adultes contribuent à la production et au développement du marché de la pornographie infantile.

C’est précisément ce marché que vise MAPI. Ainsi, dans son action, MAPI entend lutter contre tout matériel incitant à la pédophilie et mettant en danger l'intégrité et la dignité des enfants. C'est ce matériel que l'on appelle communément la "pornographie infantile".

Lors du congrès de Stockholm consacré à l'exploitation sexuelle des enfants en août 1996, les experts se sont penchés sur la définition de la pornographie infantile. Comme l'observe M. A Healy, cette définition est, elle aussi, complexe et varie fortement d'un pays à l'autre.

Certains pays, tels les Etats-Unis, considèrent qu'il y a pornographie infantile quand il y a réellement abus ou exploitation sexuelle d'enfants. Dans d'autres, le concept de pornographie infantile est beaucoup plus large et fait référence à tout matériel reproduisant des images sexuellement explicites d'enfants. Cette définition est celle adoptée par ECPAT considérant que ce type de matériel porte atteinte à la dignité des enfants et peut, par sa production et sa diffusion, mettre les enfants en danger.

Il importe cependant de souligner, à nouveau, les limites d'une telle définition qui met l'accent sur l'image au détriment de tout autre matériel. En effet, dans les recherches menées par MAPI, de nombreux textes et récits portant gravement atteinte à la dignité et à l'intégrité des enfants et incitant à l'exploitation sexuelle de ceux-ci ont pu être repérés. C'est pourquoi, il importe d'adopter une définition large de la pornographie infantile comme tout matériel mettant en scène des enfants dans des situations explicitement sexuelles ou incitant à l'exploitation sexuelle des enfants.

L'enjeu d'une définition large est important au regard de la protection et de la dignité des enfants. Ainsi, comme le souligne très justement M. A Healy, certaines personnes considèrent que la diffusion d'images pornographiques concernant des enfants ne devrait pas être condamnée dans la mesure où il n'y a pas, à travers ce processus de diffusion, de tort effectif fait à un enfant. L'auteur réprouve cette vision des choses pour deux raisons majeures. Tout d'abord, là où il y a pornographie infantile, il y a nécessairement en début de chaîne un enfant victime. Même dans le cas où il s'agit simplement de trucages d'images surimposant des visages d'enfants sur des corps d'adultes, il n'en demeure pas moins que les enfants ainsi mis en scène peuvent encourir de graves dommages psychologiques et moraux. La seconde raison concerne moins les victimes que les consommateurs de tel matériel. En effet, l'existence d'un tel matériel et sa diffusion, notamment auprès d'un public jeune, peuvent conduire à la banalisation de la pornographie infantile faisant passer pour "normaux" des comportements portant gravement atteinte à la dignité et à l'intégrité des enfants. A ce niveau, l’application de la définition de la pornographie infantile à d'autres matériels que l'image est importante dans la mesure où, dans ce processus de banalisation, les textes et les récits, moins directement choquants et parfois très scientifiquement argumentés, peuvent avoir un effet beaucoup plus pernicieux que les images.

Par rapport à ces définitions et à leurs enjeux, il importe de voir comment se comporte notre législateur. Depuis le 13 avril 1995, la Belgique possède une loi traitant explicitement de la pornographie infantile.

CHAPITRE II - Pornographie enfantine

Art. 7. Un article 383bis, libellé comme suit, est inséré dans le même Code (Code pénal) :

"Art. 383bis. § 1er. Sans préjudice de l'application des articles 379 et 380bis, quiconque aura exposé, vendu, loué, distribué ou remis des emblèmes, objets, films, photos, diapositives ou autres supports visuels qui représentent des positions ou des actes sexuels à caractère pornographique, impliquant ou présentant des mineurs âgés de moins de seize ans ou les aura, en vue du commerce ou de la distribution, fabriqués ou détenus, importés ou fait importer, remis à un agent de transport ou de distribution, sera puni de réclusion et d'une amende de cinq cents francs à dix mille francs.

§ 2. Quiconque aura sciemment possédé les emblèmes, objets, films, photos, diapositives ou autres supports visuels visés sous le § 1er, sera puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de cent francs à mille francs.

§ 3. L'infraction visée sous le § 1er, sera punie des travaux forcés de dix ans à quinze ans et d'une amende de cinq cents francs à cinquante mille francs, si elle constitue un acte de participation à l'activité principale ou accessoire d'une association, et ce, que le coupable ait ou non la qualité de dirigeant.

§ 4. La confiscation spéciale prévue à l'article 42, 1°, peut être appliquée à l'égard des infractions visées aux §§ 1er et 2, même lorsque la propriété des choses sur lesquelles elle porte n'appartient pas au condamné.

§ 5. L'article 382 est applicable aux infractions visées aux §§ 1er et 3."

La lecture de l'article 383 bis amène plusieurs commentaires. Tout d'abord, l'article englobe le comportement de tous ceux qui participent au marché de la pornographie infantile, qu’il s’agisse des producteurs, intermédiaires ou simples consommateurs. De ce point de vue, la loi belge apparaît tout à fait appropriée pour lutter contre le développement d'un marché où se rencontrent offreurs et demandeurs de ce type de matériel. Par ailleurs, en incluant dans les supports dudit matériel les termes "autres supports visuels" (soulignés par nous dans le texte de la loi), le texte dans son état actuel apparaît suffisamment large, quoique toujours sujet à interprétations, pour englober la diffusion de ce type de matériel via Internet. On peut cependant à ce niveau regretter le caractère trop peu explicite de la loi belge dont d'habiles juristes pourraient facilement jouer. Elle paraît également incomplète au niveau du problème concret des fournisseurs de services et d’accès à Internet. Enfin, et à l'instar de nombreuses lois européennes, la loi belge se focalise entièrement sur le matériel visuel au détriment de tout autre matériel dont nous avons relevé ci-dessus le caractère extrêmement pernicieux.

Pour répondre à cette dernière critique, on peut se reporter à la loi du 27 mars 1995 punissant la publicité et/ou la distribution de produits pornographiques impliquant ou non des mineurs d'âge :

Article 1er. Un article 380quinquies, rédigé comme suit, est inséré dans le Code Pénal :

"Article 380quinquies. - § 1er. Sera puni d'un emprisonnement de deux mois à deux ans et d'une amende de deux cents francs à deux mille francs, quiconque, quel qu'en soit le moyen, fait ou fait faire, publie, distribue ou diffuse de la publicité, de façon directe ou indirecte, même en en dissimulant la nature sous des artifices de langage, pour une offre de services à caractère sexuel ayant un but lucratif direct ou indirect, lorsque cette publicité s'adresse spécifiquement à des mineurs ou lorsqu'elle fait état de services proposés soit par des mineurs, soit par des personnes prétendues telles.

La peine sera d'un emprisonnement de trois mois à trois ans et d'une amende de trois cents francs à trois mille francs lorsque la publicité visée à l'article 1er a pour objet ou pour effet, directs ou indirects, de faciliter la prostitution ou la débauche d'un mineur ou son exploitation à des fins sexuelles.

§ 2. Sera puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de cent francs à mille francs, quiconque, quel qu'en soit le moyen, fait ou fait faire, publie, distribue ou diffuse de la publicité, de façon directe ou indirecte, même en en dissimulant la nature sous des artifices de langage, pour une offre de services à caractère sexuel ayant un but lucratif direct ou indirect, lorsque ces services sont fournis par un moyen de télécommunication.

§ 3. Dans les cas qui ne sont pas visés aux §§ 1er et 2, sera puni d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de cent francs à mille francs, quiconque aura, par un moyen quelconque de publicité, même en dissimulant la nature sous des artifices de langage, fait connaître qu'il se livre à la prostitution, qu'il facilite la prostitution d'autrui ou qu'il désire entrer en relation avec une personne se livrant à la débauche.

Sera puni des mêmes peines, quiconque, par un moyen quelconque de publicité, incitera, par l'allusion qui y est faite, à l'exploitation de mineurs ou de majeurs à des fins sexuelles, ou utilisera une telle publicité à l'occasion d'une offre de services."

Cette loi, et notamment son dernier paragraphe, apparaît plus appropriée pour traiter de la diffusion via le réseau Internet de pornographie infantile qu'il s'agisse de textes ou d'images. Elle ne prend cependant en compte que le producteur ou l'émetteur de publicité incitant à l'exploitation sexuelle de mineurs ainsi que les intermédiaires qui diffusent ce type d’information, laissant de côté l'ensemble des consommateurs "passifs" sans lesquels il n'y aurait pas de marché de la pornographie infantile !

 

Recommandations

* Concernant les droits de l’enfant

Pour permettre à l'ensemble des enfants de jouir des mêmes droits, il importe que la Belgique fasse pression auprès de l'Union Européenne en faveur d'une harmonisation de l'âge de l'enfance respectueuse de tous les enfants. Cette harmonisation ne peut se faire "vers le bas" mais doit avant tout tenir compte de critères psychologiques et moraux liés à la liberté de consentement.

Cette même démarche devrait être faite par l'Union Européenne auprès des Nations Unies pour que les différents pays ayant ratifié la Convention Internationale des Droits de l'Enfant en respectent tous les prescrits. Par ailleurs, il importe que l'Union Européenne fasse pression sur les Etats-Unis et la Suisse pour que ces pays ratifient cette convention.

Dans ces démarches, il importe que la Belgique comme l'Union Européenne soient bien conscientes qu'un abaissement de l'âge de la maturité sexuelle conduit inévitablement à une diminution de la protection des enfants.

* Concernant la législation en matière de pornographie infantile

Il importe que le législateur fasse un effort de publicité "pédagogique" concernant ces deux lois auprès des utilisateurs et des fournisseurs d’accès et de services Internet en Belgique.

Pour barrer la route à toutes interprétations restrictives de l'article 383bis, il convient de modifier le texte afin d'inclure le matériel de pornographie infantile "non visuel" et de tenir compte explicitement de la distribution et de la consommation de pornographie infantile via Internet.

Pour responsabiliser tous les acteurs du marché de la pornographie infantile, il convient, dans l'article 380quinquies, de sanctionner également le bénéficiaire de ladite publicité.

 

 

1.2. Internet

Le but de cette section est d’introduire le lecteur à Internet et plus précisément aux notions et au vocabulaire relatifs aux principaux services offerts sur ce réseau. Après un bref historique, on abordera le courrier électronique, le World Wide Web, les News, les BBS et l’IRC. On terminera en définissant le concept de "fournisseur" ainsi que ses différents aspects.

 

1.2.1. Historique

Internet est le réseau des réseaux. Il trouve son origine dans le réseau Arpanet qui était le réseau du département de la défense des Etats-Unis. Arpanet servait au départ, c’est-à-dire en 1969, uniquement des objectifs militaires mais, suite à l’intérêt porté par le monde scientifique, il s’est ouvert dans les années quatre-vingts à l’ensemble de la communauté scientifique.

Par la suite, la National Science Foundation (USA) décida de créer NSFnet afin de permettre l’évolution du réseau qui était en cours de saturation. NSFnet constitue encore à l’heure actuelle la dorsale principale d’Internet.

Depuis lors, un nombre impressionnant de réseaux (scientifiques ou commerciaux) sont venus se connecter à cette dorsale assurant par là une progression exponentielle du nombre d’ordinateurs interconnectés par Internet. On comptait en 1993 1.800.000 machines interconnectées pour 12.900.000 machines en 1996. La croissance moyenne est de 100% dans le monde (150% en Europe). On prévoit que le nombre de machines en l’an 2000 dépassera les 100.000.000.

 

1.2.2. Le courrier électronique

L’E-Mail (Electronic Mail) ou courrier électronique est un service qui utilise le réseau Internet pour véhiculer des messages écrits entre un expéditeur et un destinataire. C’est donc une communication d'un point à un autre (communication point à point). L’analogie avec le courrier postal est totale. Pour envoyer un message à une personne connectée au réseau Internet, il suffit de connaître son adresse électronique. Le message envoyé via un logiciel adéquat est acheminé à travers le réseau par des relais, que l’on pourrait comparer à des centres de tri postaux, jusqu'à l’adresse du destinataire.

Voici à quoi ressemble une adresse électronique : mapi@info.fundp.ac.be. mapi est le nom d’un utilisateur qui appartient à un sous-réseau (info.fundp, ici celui de l'Institut d'Informatique des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix); on peut comparer cette partie de l’adresse à un nom de localité. ac.be indique que nous avons affaire à une adresse d’une institution académique (ac) en Belgique (be).

Quant au destinataire, il reçoit le message accompagné d’un en-tête (header) qui contient, entre autres, des informations sur l’identité de l’expéditeur du message (son adresse électronique) ainsi que sur la machine qui a été utilisée pour envoyer le message.

Return-Path: <Pierre@info.fundp.ac.be>
Received: from [138.48.32.115] by leibniz.info.fundp.ac.be (SMI-8.6/SMI-SVR4) id OAA23776; Mon,6 Jan 1997 14:27:07 GMT
Date: Mon, 6 Jan 1997 14:27:07 GMT
Message-Id: <v0213050caef6bc12448b@[138.48.32.115]>
To: mapi@info.fundp.ac.be
From: Pierre@info.fundp.ac.be
Subject: Plan du rapport
En théorie, cette information permet d’identifier l’utilisateur qui a envoyé le message. Mais il est possible de contourner cette identification. Le moyen le plus "efficace" pour cela est d'envoyer son message via un "site d'anonymisation". Ce système peut être résumé par le schéma suivant :

 

Figure 1 : Système d’anonymisation des messages

Le site d'anonymisation reçoit le message à transmettre, retire toute l'information d’identification de l'expéditeur, enregistre cette information dans une table où il lui fait correspondre un identifiant. Cet identifiant permet de retrouver l'adresse pour faire suivre une réponse éventuelle. Il envoie le message transformé au destinataire, qui ne peut plus identifier l'expéditeur. Ce genre de site peut être utilisé par des personnes mal intentionnées et, entre autres par des pédophiles, pour envoyer des messages de manière anonyme. Cependant, l'existence même de ces sites d'anonymisation est controversée et un certain flou juridique règne à propos de ces sites.

 

1.2.3. Les News, forums ou groupes de discussion

a. Définition et historique

On peut définir les News, également appelés newsgroups, forums ou groupes de discussion, comme un système de discussion mondialement distribué, reprenant un ensemble de groupes de discussion nommés et classés hiérarchiquement (les rubriques) dans lesquels les utilisateurs du système peuvent poster des messages (des articles) qui sont diffusés par les serveurs de News (cf. le point 1.2.3.b. Les principes de base).

Le système de News utilise donc Internet pour diffuser des messages électroniques. Nous pouvons faire l’analogie avec le système des petites annonces écrites. En effet, pour pouvoir poster un message dans une rubrique particulière, il faut envoyer le message à un diffuseur de News (appelé serveur de News) que l’on pourrait comparer à la rubrique des petites annonces d’un journal. Dès que le message est diffusé, n’importe quel utilisateur connecté à Internet peut alors lire ce message en se connectant sur un serveur de News reprenant la rubrique visée et en lisant les messages postés dans cette rubrique.

L’analogie s’arrête ici car, pour les News, seules certaines rubriques sont surveillées (c'est-à-dire que les messages postés sont vérifiés avant d’être publiés), on dit qu’elles sont modérées, et ce souvent sur une base volontaire. Toutes les autres rubriques, quant à elles, ne subissent aucun contrôle et on peut y trouver de tout (le pire comme le meilleur).

Afin d’avoir une idée de la proportion actuelle entre les rubriques modérées et les rubriques non modérées, il faut savoir que, pour 7 hiérarchies principales modérées, il existe aujourd’hui plus de 400 autres hiérarchies principales non modérées (pour une explication des hiérarchies, se référer au point b.2. relatif à la hiérarchie des groupes de discussion) et on estime le nombre total de newsgroups à environ 19.000. Dans le cas des rubriques modérées, le modérateur pourrait être comparé au responsable des petites annonces d’un journal.

Notons encore qu’un modérateur est responsable dès la création de la rubrique qui le concerne. Pour ce faire, le gestionnaire du serveur de News où la rubrique modérée est créée, nomme un modérateur (généralement après discussion avec celui-ci et consentement de sa part) qui recevra tous les articles postés et décidera ou non de les publier dans la rubrique dont il a la responsabilité.

Le système des News permet à quiconque connecté à Internet de répondre à un message particulier en postant lui-même un message dans la même rubrique ou en répondant directement à l’auteur initial en lui envoyant un courrier électronique pour autant que ce dernier ait fourni sa véritable adresse électronique.

b. Principes de base

b.1. Fonctionnement client/serveur

Le principe de base du système des News est basé sur le modèle du client/serveur.

Lorsqu’un client se connecte à un serveur, ce dernier fournit la liste de l’ensemble des rubriques qu’il contient, et l’utilisateur peut alors choisir la rubrique qui l’intéresse, lire les messages repris dans celle-ci et/ou y poster lui-même des messages. Il faut ajouter que l’utilisateur a la possibilité de s’abonner aux différentes rubriques qui l’intéressent afin de ne pas devoir les rechercher ensuite dans la hiérarchie énorme de toutes les rubriques existantes chaque fois qu’il désire consulter les nouveaux messages.

Mais lorsqu’un client a posté un message sur un serveur, ce message ne se trouve physiquement que sur ce serveur alors que nous avons dit plus haut que le système de News était un système de discussion mondial. La diffusion à travers tout le réseau Internet d’un message est assurée par le mécanisme suivant.

Lorsqu’une personne décide d’installer un serveur de News, il installe sur la machine serveur le programme informatique adéquat et peut alors décider d’abonner son serveur à un serveur existant. Pour ce faire, il choisit les rubriques qu’il veut voir apparaître dans son serveur et y abonne celui-ci. Lors de cet abonnement, le nouveau serveur prévient le serveur existant qu’il s’abonne aux rubriques voulues. Dès lors, dès qu’un nouveau message est posté dans une des rubriques visées sur n’importe lequel des deux serveurs, ce message est automatiquement envoyé vers l’autre serveur.

Attention, il faut remarquer que l’abonnement dont nous parlons ici n’a rien à voir avec l’abonnement dont nous avons parlé lors de la présentation du client. En effet, l’abonnement d’un client à un certain nombre de rubriques sur un serveur particulier aura uniquement pour effet de ne faire apparaître pour ce client que les rubriques auxquelles il est abonné. Tandis qu’un abonnement d’un serveur à un autre serveur aura pour effet de faire automatiquement transiter tous les nouveaux messages des rubriques voulues entre ces deux serveurs. Ce mécanisme, à grande échelle, permet alors de faire transiter les messages parmi l’ensemble des serveurs de News connectés à Internet. Le fonctionnement général du système des News est représenté schématiquement à la figure 2.

 

Figure 2 : Principe de fonctionnement des news

b.2. Hiérarchie des groupes de discussion

Nous avons évoqué plus haut les rubriques hiérarchisées. Cette particularité du système des News permet de classer une multitude de sujets selon différents thèmes afin d’en faciliter la recherche et la gestion. Les hiérarchies principales (pour rappel, on en compte plus de 400) sont subdivisées en sous-ensembles qui, à leur tour, peuvent être également subdivisés, et ainsi de suite.

b.3. Recherche d’informations dans les newsgroups

Pour effectuer des recherches dans les groupes de discussion sur base de mots-clés, il existe différents outils tels que DejaNews, Yahoo ou Altavista par exemple. Ces outils permettent, entre autres, de trouver dans l’ensemble des messages postés ceux qui contiennent une certaine chaîne de caractères, par exemple "MAPI". Ce genre de recherche est très utile et d’ailleurs souvent utilisé vu l’abondance des groupes de discussion (pour rappel environ 19.000) et le nombre de messages qui y sont postés chaque jour.

 

1.2.4. Le World Wide Web (WWW)

Le "service Internet" dont on parle le plus actuellement est assurément le World Wide Web, souvent appelé le "Web" et traduit par le concept de "toile (d’araignée) mondiale". Mais que représente au juste cette application ? Si on veut continuer avec le jeu des analogies, le Web pourrait s’apparenter à un panneau d’affichage situé dans un endroit fermé. Toutes les personnes ayant accès à cet endroit fermé pourraient lire ce qui est affiché sur le panneau. Certaines des personnes ayant accès à la pièce peuvent également afficher sur le tableau. Pour ce faire, un gardien leur alloue une partie du tableau. Dans cet exemple, le Web serait le panneau d’affichage, les personnes ayant accès à l’endroit fermé seraient les utilisateurs connectés à Internet par un moyen ou un autre et le gardien serait un fournisseur de services, plus particulièrement d’hébergement (voir le point 1.2.7.).

Il faut toutefois préciser que des fonctionnalités supplémentaires permettent de n’autoriser l’accès à certaines parties du Web qu’à certains utilisateurs. Il faut alors que l’utilisateur qui veut accéder à ces parties se fasse reconnaître en s’identifiant comme un utilisateur particulier ayant précisément accès à celles-ci (par l’introduction d’un mot de passe par exemple).

a. Définition et historique

Le WWW peut être défini comme un service d’Internet qui assure la mise à disposition d’informations de tout genre sous un format convivial pour toutes les personnes connectées et/ou par toutes les personnes connectées. Il n’est pas du tout nécessaire d’être un informaticien confirmé pour pouvoir placer de l’information sur le Web.

La disponibilité de cette information est assurée par le protocole de communication HTTP (Hyper Text Transfer Protocol). La convivialité de la présentation de l’information est, quant à elle, assurée par la notion d’hypertexte mise en forme (notion que nous préciserons plus loin). Les applications qui permettent de naviguer sur le Web sont généralement appelées les navigateurs (ou browsers).

Le Web est né en 1989 au Centre Européen de Recherche Nucléaire (CERN) de Genève lors du développement du protocole HTTP. Mais son véritable succès ne se précise effectivement qu’à partir de 1993, date à partir de laquelle le trafic des données et le nombre de machines connectées croissent de manière exponentielle. Afin d’avoir une idée de cette évolution, il est bon de fournir ici quelques chiffres. En 1993, on estimait que 6 milliards de bytes transitaient par mois sur la dorsale principale d’Internet (ancien NSFnet, voir § 1.2.1.); parmi ces 6 milliards de bytes, seules quelques poussières étaient effectivement utilisées pour le Web. En 1996, 60 milliards de bytes transitent par mois sur cette même dorsale; parmi ces 60 milliards de bytes, 20 milliards, soit un tiers, sont effectivement utilisés pour le Web.

b. Principes de base

b.1. Fonctionnement client/serveur

Tout comme pour les News, le fonctionnement du Web est basé sur le principe client/serveur.

Dans la pratique, le client demande au serveur de lui fournir des pages d’information, soit par accès direct, soit par appel via un "hyperlien".

b.2. Notions de page, d’hyperlien et d’hypertexte

Ce qu’on appelle page Web est l’ensemble de l’information que l’on voit (totalement ou non) sur l’écran d’un client. L’information présente dans une page est structurée à l’aide du langage HTML et peut contenir des hyperliens.

Un hyperlien est une référence vers une autre page et est lui-même situé au sein d’une page. Il suffit dès lors à l’utilisateur de cliquer sur cet hyperlien pour accéder à la page référencée et afficher son contenu. On parle dès lors d’hypertexte pour un texte contenant des hyperliens.

b.3. Création et diffusion des pages

La création des pages est l’œuvre de l’utilisateur auquel a été alloué un espace disque sur un serveur auprès d’un fournisseur de services (voir § 1.2.7.). Pour ce faire, l’utilisateur formate l’information qu’il désire rendre disponible à l’aide du langage HTML. Toutefois, il existe à l’heure actuelle plusieurs firmes spécialisées dans la création de pages Web (voir § 1.2.7.). Il suffit dès lors de fournir à ces firmes l’information à diffuser et celles-ci se chargent de la formater.

La diffusion des pages Web est l’action de les rendre disponibles via Internet. C’est le rôle principal du gestionnaire d’un serveur. Celui-ci alloue de l’espace disque aux utilisateurs et crée des liens vers la (les) page(s) créée(s). Cependant, il est toujours possible d’accéder sans lien à une page Web existante si on connaît sa référence précise. Cette référence, appelée URL, correspond en fait à l’adresse exacte de l’endroit où se trouve la page Web. Une URL ressemble à ceci :

http ://www.info.fundp.ac.be/~dza/mapi-fr.html

www.info.fundp.ac.be est l’adresse Internet du serveur sur lequel se trouve la page Web, /~dza/ est l’endroit sur le serveur où se trouve la page et mapi-fr.html est le nom de la page sur le serveur.

b.4. Recherche d’informations sur le Web

Comme expliqué ci-dessus, une page Web contient des liens vers d’autres pages qui permettent à l’utilisateur de se déplacer vers l’information qu’il désire atteindre. Mais il existe également, comme pour les newsgroups, des outils de recherche permettant de localiser directement des pages Web qui contiennent une information particulière. Ces outils (Yahoo, Altavista, Webcrawler,...), sortes d’index électronique, sont d’une grande utilité et permettent également de trouver dans l’ensemble des pages Web celles qui contiennent une certaine chaîne de caractères, par exemple "MAPI".

Certains de ces outils de recherche répertorient seulement les sites que les auteurs ont explicitement demandé de recenser et de ranger dans une rubrique particulière. Les gestionnaires de ces outils de recherche sont donc normalement au courant des informations recensées par leur outil ou en mesure de l’être. C’est notamment le cas de Yahoo. D’autres sites, au contraire, répertorient tous les sites existants, sur base d’une recherche aléatoire et en suivant tous les liens repris sur une page particulière.
 
 

1.2.5. Le Bulletin Board System (BBS)

Un BBS (Bulletin Board System) est un site qui offre accès à de l’information moyennant une contribution financière. Notons que cet accès se fait généralement par les News, par le Web ou encore via le réseau téléphonique classique à l’aide d’un modem.

Ce genre de site se distingue des sites généralement rencontrés sur Internet par le fait que, malgré qu’il soit accessible par les moyens classiques disponibles sur ce réseau, l’information qu’il propose est payante.

 

1.2.6. L’Internet Relay Chat (IRC)

L’IRC (Internet Relay Chat) est un système de conversation multi-utilisateurs où les utilisateurs se rassemblent dans des canaux (un espace virtuel auquel est généralement associé un sujet de conversation) pour parler en groupe ou en privé. Cette communication, contrairement à celle qui a lieu dans les News, se fait en temps réel (tous les utilisateurs connectés à un canal peuvent interagir simultanément).

Le principe du client-serveur s'applique ici également : un utilisateur emploie un programme "client" qui se connecte à un réseau IRC via un "serveur". Les serveurs existent pour faire passer les messages d'un utilisateur à l'autre sur le réseau IRC.

Un des utilisateurs connectés à un canal est nommé opérateur du canal (par défaut, la première personne qui crée le canal). Il peut déléguer sa fonction à une ou plusieurs autres personnes connectées dans le même canal. Il peut à tout moment éjecter quelqu'un du canal.

Un opérateur IRC est une personne qui maintient le réseau IRC mais qui n’a pas le pouvoir d’éjecter quelqu'un d'un canal particulier.

 

1.2.7. Les fournisseurs

Nous avons évoqué jusqu’ici les principaux services offerts sur Internet, il nous semble cependant important d’introduire également les termes utilisés pour désigner les principaux fournisseurs d’Internet (providers). Il faut tout d’abord noter que le vocabulaire relatif aux fournisseurs n’est actuellement pas encore bien fixé. Nous utiliserons ici une terminologie voisine de celle adoptée par la Commission Européenne.

Un fournisseur d’accès à Internet ou Access Provider, est une société qui permet à ses clients d’accéder à Internet et à ses services de base. Généralement, ces services reprennent le courrier électronique, le système des news, le Web Pour ce faire, le fournisseur d’accès propose généralement l’accès à un serveur ou à une "passerelle" reliés à Internet.

Un fournisseur de services Internet ou Service Provider, est une société qui offre des services complémentaires aux services de base : l’hébergement et la diffusion de pages Web (on parle alors plus précisément de fournisseur d’hébergement ou Web Host Provider), la construction de pages Web " personnelles", la gestion de sites Web et/ou de serveurs de News propres au client,...

Signalons que ces rôles peuvent être joués simultanément par une même société. Remarquons encore que, dans le plus grand nombre de cas, la communication avec un fournisseur se fait à l’aide d’un modem via le réseau téléphonique classique.

 

Recommandations

* Concernant les outils de recherche

Il importe que les sociétés qui proposent aujourd’hui des outils de recherche basés sur l’enregistrement préalable des pages Web (Yahoo, par exemple) s’engagent à ne pas répertorier d’informations portant atteinte à la dignité et à l’intégrité des enfants.
 
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